Soucieux avant tout de rester solide et patient, Laurent Blanc aura donc était écouté. Les Girondins seront passés par des états différents lors de leur voyage en Grèce, mais leur prestation emprunte d’efficacité donnera des motifs certains de satisfaction à leur entraineur.
D’entrée mis sous pression, un brin craintifs, leur entame douteuse aurait d'abord pu compromettre l’histoire d’une rencontre qu’ils finirent pourtant par maitriser avec une certaine tranquillité. La tête dangereuse de Mellberg (4e) de peu à côté, au beau milieu d’une défense statique, fit soulever l’hystérie des supporters grecs et jeta le premier frisson dans la maison marine et blanche.
Non pas qu’un vent de panique s’y engouffrait, mais les visiteurs mirent un bon quart d’heure à ressortir correctement les ballons et se sortir de l’emprise grecque, réelle à défaut d’être bien étouffante.
L’application de Bordeaux à d’abord bien défendre ne laissa que peu de place à l’imagination offensive pour le reste de la première période. Il fallut attendre sa moitié pour assister à la première situation dangereuse devant les cages de Nikopolidis (26e), une frappe sèche de Fernando, après un bon décalage de Plasil servi par Gourcuff.
Titulaire au cœur du jeu aux côtés d’un Fernando capable une nouvelle fois du meilleur comme du pire, Lamine Sané symbolisa la copie bordelaise, compacte et sérieuse au milieu, apte à assumer son statut de favori dans cette double confrontation, mais manquant singulièrement de justesse technique.
Les Girondins ne parvinrent en effet que rarement à apporter le danger dans des rangs grecs redevenus tout aussi timides, puisque Carrasso, déjà lui, ne dut plus que s’employer à une seule reprise pour repousser d’une claquette une nouvelle tête, cette fois de Stoltidis (30e).
Les débats s’enlisèrent très vite dans un profond faux rythme jusqu'au retour aux vestiaires, les deux équipes ne décidant de ne pas se livrer vraiment, et l’intensité de la Coupe d’Europe ne se matérialisa que par une multitude de fautes, souvent bordelaises, à l’image de Sané, averti pour l’ensemble de son œuvre.
La question légitime était alors de savoir si Bordeaux gérait à sa guise son déplacement annoncé périlleux par l’atmosphère hostile qui l’entourait, ou s’il n’était tout simplement pas capable de mieux faire pour l’instant. Les arrêts de jeu donnèrent un début de réponse, au moment où Bordeaux remporta le combat de coups de pied arrêtés auquel s’était adonné jusqu’à présent les deux formations :
Ciani reprit un coup franc parfait de Gourcuff, obtenu sur une des rares montées bien servies de Trémoulinas, pour ouvrir le score d’une tête imparable (45e+2) et inscrire le huitième but bordelais sur dix dans la compétition en phase arrêtée.
La suite allait confirmer les limites de l’Olympiakos, sûrement sonné par ce but encaissé juste avant la pause et incapable d'offrir la moindre révolte construite à leurs supporters. L’expérience girondine se manifesta progressivement, la tenue de balle fut meilleure, et les premiers enchainements techniques de qualité virent enfin le jour, face à des Grecs assez dépassés et étonnamment amorphes dans leur pressing.
Ciani eut une nouvelle occasion de conforter son avance en tête du classement des buteurs bordelais en Ligue des Champions, avec une tête qui s'envola malgré l’absence totale de marquage (52e ).
Bordeaux renvoyait l'image de plus en plus marquée d'une bande de vieux briscards européens, mais la tête plongeante de Maresca (58e) au dessus sonnait comme une franche alerte et indiquait la tendance de ce deuxième acte : Bordeaux gérait, sans s’affoler, sans se presser, devant des Grecs quasi-absents mais qui finirent par réagir sur quelques coups tranchants en fin de match.
Dans le sillage d’un Gourcuff disponible et participatif, à défaut d’être lumineux, les Girondins donnèrent la sensation qu’en allant au bout de leurs idées, avec un surplus de risque et d’audace, ils avaient largement les capacités pour apporter un coup fatal aux espoirs grecs, comme sur ces deux frappes de Wendel, stoppée en corner puis hors cadre (81e).
La minute suivante fit étalage du talent de Carrasso, décisif comme à Munich en octobre dernier, qui s’allongea avec à-propos pour dévier une frappe de Lua-Lua (82e). De relatifs regrets de ne pas avoir su davantage corser l’addition, les Bordelais passèrent d’un coup au sentiment d’être passés tout près de la catastrophe. Trémoulinas sauva sur sa ligne une tête de Stoltidis (88e) et Carrasso s’envola miraculeusement pour repousser une tête à bout portant de Lua Lua (94e).
Largement supérieur dans le jeu, Bordeaux aurait tout de même pu se voir infliger une égalisation cruelle dans les ultimes instants. Le métier des grandes équipes dira-t-on ? Réponse dans trois semaines, où les portes du top 8 européen ne demandent plus qu’à être poussées d'un doigt.