David Gluzman : "Bordeaux a besoin de plus de transparence"
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Le cahier de doléances est accessible en bas de page.
WG : Bonjour David, peux-tu te présenter ?
D.G : Je suis David Gluzman, j’ai 40 ans depuis quelques jours. Je suis fan des Girondins de Bordeaux depuis ma plus tendre enfance. J’avais 7 ans quand mon papa m’a emmené au stade à Lescure. Il a grandi à Villeneuve-sur-Lot et c’était un fan des Girondins. Il m'avait acheté le fameux maillot Opel avec le Scapulaire et m’a emmené voir Bordeaux face au Racing Paris. Je suis tombé complètement amoureux du stade , du maillot et de l'équipe. Depuis, partout où j’ai vécu, je me suis toujours arrangé pour regarder tous les matchs des Girondins.
"Transparence car on ne sait absolument rien du club"
Pourquoi as-tu pris cette initiative du cahier de doléance ? Quel est l’objectif ?
J’ai pris cette initiative pour ne pas être dans le camp de ceux qui râlent et qui ne font rien. Je me suis rendu compte que 95% de mes tweets à propos des Girondins de Bordeaux, un sujet que j’aime énormément, étaient négatifs. Je ne pouvais pas continuer à me plaindre sur Twitter, qui est mon seul moyen d'expression, sans rien faire. De plus, j’ai vu que sur Twitter il y avait beaucoup de supporters qui se plaignaient du manque de transparence à tous les niveaux du club, que ce soit financier, sportif, à propos des féminines, et la formation.
On a tous été soulagés que le club soit repris, mais depuis on a l'impression que la marche à suivre est : “soyez content que le club ait été repris, supportez, et surtout ne dites rien”. Ce n’est pas du tout ma conception du supportariat, du foot que j’aime, et de l’entreprise moderne. C’est pour ça que j’ai décidé dans un but de transparence, à mon petit niveau de demander à la communauté Twitter de m’envoyer leurs questions, demandes et interrogations.
Ensuite, je les ai collectés, regroupés par thème pour relayer ce cahier de doléances sur Twitter. Il est disponible pour tous afin qu’il soit relié en haut lieu. Le premier objectif c’est la transparence, le second est d’amorcer un débat dépassionné, et sans intermédiaire avec la direction.
"L’incertitude est la mère de toutes les colères et de toutes les peurs"
Le document est titré “Désir de transparence et de changement”, pourquoi ?
Transparence car on ne sait absolument rien du club, et nous n’avons que des versions contradictoires sur absolument tout. On sait que le club est très endetté, on ne connaît pas le montant de la dette, on ne connaît pas la maturité de la dette, on ne connaît pas le taux de la dette. On ne sait pas exactement à qui on doit de l'argent et combien.
En outre, sur le côté sportif c’est complètement nébuleux. C'est-à-dire qu’on a un bon tiers de l’effectif qui est en prêt. On n'a pas de lisibilité à moyen terme. On se rend compte par exemple qu’un influenceur aurait été à la base de la reprise du club.
Il y a un grand flou avec un actionnaire absent. Et je trouve que ce manque de transparence ne suscite que de la frustration et de la négativité. Donc, si on peut engager à notre niveau un dialogue ne serait-ce qu'épisodique...
Comment ?
Par exemple, si la direction peut publier 3 lettres par an au début de saison, à la trêve et en fin de saison. Juste une lettre ouverte aux amoureux du club : où on en est sur le plan sportif, sur la formation, les féminines et sur le plan économique. Je pense que cela apaiserait tout le monde et ça réunirait tout leur monde autour d’un projet commun.
Aujourd’hui, le projet de Gérard Lopez on ne le connaît pas, et on ne sait pas où on va, que ce soit en Ligue 1 ou en Ligue 2. Il y a des salariés du club qui m’ont contacté et qui s'inquiètent pour leur avenir et pour leurs familles. Ils ne sont au courant de rien.
L’incertitude est la mère de toutes les colères et de toutes les peurs. C’est pour ça que je suis parti dans ce projet pour obtenir de la transparence.
"Le club a la chance d’avoir des supporters qui n’ont pas lâché la rampe"
Tu parles d'inquiétude de la communauté ? Peux-tu la préciser ?
Complètement. Pour parler à des amoureux du club évidemment qu’il y a de l’inquiétude car on ne sait pas du tout où on va. Le principe est de savoir où l’on va et de dire les choses, même d'annoncer des mauvaises nouvelles. Même si Gérard Lopez nous disait demain que ce serait difficile de repartir en Ligue 2. Dites-le-nous que l’on sache.
Par exemple, la formation est complètement bousillée depuis GACP, chez les féminines aussi on ne sait pas de quoi demain sera fait. Donc on a besoin de savoir car tout le monde est inquiet, et quand on est inquiet on spécule, avec des bonnes et des mauvaises nouvelles. De plus, c’est la porte ouverte à toutes les fake news.
D'accord, mais une entreprise comme un club de football peut-elle et doit-elle être transparente dans sa gestion, sa structure et ses finances ? Est-ce possible aujourd’hui ?
Par exemple, l’OL qui est coté en bourse est ultra transparent par obligation. Chez la plupart des clubs anglais même au plus bas niveau de la hiérarchie, il y a des réunions avec les supporters pour discuter de la situation du club. Évidemment pour des raisons juridiques certains domaines ne peuvent être révélés.
Ce n’est pas parce que le club n’a pas d’obligation légale de le faire qu’on ne doit pas le faire. Soyons précurseurs en France. Tournons-nous vers un projet de transparence. Je préfère qu’on me dise que ça va mal.
Comme c’est indiqué dans le document. Pourquoi des représentants de supporters Ultras et non ultras n'auraient pas un droit de regard sur ce qui se passe ? C’est pour ça que j'appréciai initialement le principe d’entrée au club du Club Scapulaire. Au moins ils auraient eu un droit de regard.
Comment as-tu fonctionné pour recueillir les demandes des amoureux du club ?
J’ai écrit un message sur mon compte Twitter qui a été beaucoup relayé, et le jour même des gens en messages privés ont commencé à me poser des questions. Certains m’ont écrit pour vider leur sac, des cris du cœur. Il y a des gens que j’ai sollicités. Finalement, j’ai eu plus de 100 questions.
Ce qui m’a surpris, je n’ai pas eu une question sur le sportif, c'est à dire à quel point la communauté est inquiète. Tout tourne autour soit de l'avenir, soit de la survie du club. Comme si les supporters s'étaient conditionnés à ce que le sportif aille mal.
"Le club nous doit la transparence sur l’endettement"
Il y a donc 53 questions qui s’adressent à la direction du club, quelles questions trouve-t-on dans ce document ?
Selon moi, 3 questions sont essentielles car je vois ça par le biais financier suite à une déformation professionnelle. Premièrement, le club nous doit la transparence sur l’endettement. À qui devons-nous de l'argent, à quel taux, combien et avec quelle maturité ? Que peut-il arriver si nous faisons défaut sur ces prêts ? Avec ces informations on saura à quelle sauce on va être mangé.
Deuxième question, c’est un cri du cœur. Pourquoi on n’a pas de président délégué à Bordeaux ? C'est beaucoup revenu dans les questions. Avoir un visage c’est rassurant. On était rassuré par la figure paternaliste de Jean-Louis Triaud, ou par Stéphane Martin qui venait de la banque. Là, on a un actionnaire/président absent.
De plus, on a Admar Lopes qui est un directeur sportif qui semble dépassé. On a un Thomas Jacquemier (NDLR Directeur Général Délégué) qui est l’homme de King Street et de Longuépée. Même une figure à détester ça pourrait rassurer. Par exemple, un Gervais Martel à Lens a toujours pris dans le coup dans le meilleur et dans le pire. Il a été le paravent de son club.
Troisièmement, c'est ce que j’aime aux Girondins à savoir cette identité locale qui transpire dans les questions. Il y a des interrogations sur la formation, les féminines, ou les structures du club. C’est le point de départ de tout projet : qui sommes-nous et où voulons-nous aller ?
Chère Commu, vous avez été nombreux à répondre présents à mon appel pour plus de transparence. Vous trouvez ci-dessous le fruit de votre travail. Lisez, partagez, relayez pour que nous trouvions réponses à nos légitimes questions. Merci à vous. https://t.co/Yh623EoW7l
— Menehem (David) (@Menehem02) April 3, 2022
La suite c’est quoi ?
Je n’en sais rien. Je n’en fais pas une mission personnelle. Ce document doit être porté en plus haut lieu. Bien sûr, l'objectif est d'avoir un retour de la direction que ce soit par écrit, vidéo, débat, space… Je serai ravi d’y participer.
Et tu penses que c’est possible ?
J’ai peu d’espoirs, mais je pense qu’ils feraient une grosse erreur de ne pas nous répondre car ils ont la chance d’avoir des supporters intelligents et intelligibles. Ils ont la chance d’avoir des supporters qui n’ont pas lâché la rampe. Ce serait l’occasion d'être novateur.
NP
Le cahier de doléances :






