La froideur angevine

12/12 - 07:00 | Par la rédaction | Il y a 11 ans

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Grosse surprise du championnat avec sa 2eme place, Angers réalise une saison de vieux briscard de L1. Avec du pragmatisme et un froid réalisme, le promu joue sur ses forces et engranges les points.

La saison

Solide, c’est l’adjectif qui convient le plus au promu angevin. Des résultats costauds, une défense en béton armé - la 2eme du championnat derrière Paris - et une efficacité redoutable ont permis au club de Stéphane Moulin de se hisser au deuxième rang de la L1. Loin comme les autres derrière le PSG, Angers fait pourtant partie des trois équipes qui ont été capables de maîtriser Paris et de l’empêcher de faire carton plein (avec Reims et… Bordeaux). Auteurs d’un 0-0 obtenu avec les tripes le 1er décembre face au leader, les Angevins ont confirmé qu’ils seraient difficiles à faire tomber. Mieux, Cheikh N’Doye et ses coéquipiers ont ensuite été capables de s’imposer en patrons à Lyon la semaine dernière (0-2). Avant cela, Angers avait également fait régner sa loi à Toulouse, Marseille, Ajaccio et Montpellier. Forts en contres, très bien rodés sur coups de pieds arrêtés, les joueurs blancs et noirs ont le profil parfait pour piéger les équipes à l’extérieur. Le parcours à domicile, lui, est plus compliqué. Si Angers n’y a été battu qu’une seule fois par Rennes (0-2 le 6 novembre), les buts marqués n’ont pas été légion et les matchs nuls plus souvent décrochés que les victoires (3 victoires pour 4 nuls et seulement 5 buts inscrits). Malgré ce parcours moins flamboyant à domicile, les joueurs de Stéphane Moulin ont jusqu’à présent su faire preuve d’un froid réalisme, prenant des points dans un maximum de matchs. Un parcours bien préparé, comme l’avait montré l’opposition offerte à La Rochelle pour le premier match amical des Girondins de Bordeaux en juillet. Le promu angevin avait proposé une opposition physique, rigoureuse, et avait déjà montré ses capacité à former un bloc compact.

L’effectif

Cheikh N’Doye est l’homme phare de la saison pour le moment réussie d’Angers. Promu capitaine dès son arrivée au club cet été, le colosse sénégalais (1m92, 90kg) en impose au milieu de terrain. Buteur à cinq reprises et passeur deux fois, l’ancien joueur de Créteil ne fait que poursuivre une progression lente mais linéaire. Ce style de récupérateur capable de perforer et de se muer en buteur, N’Doye l’avait déjà à Créteil où il avait inscrit respectivement 11 et 10 buts en L2 lors des deux dernières saisons. La particularité d’Angers, et son axe fort, c’est ce milieu de terrain où N’Doye est accompagné de Thomas Mangani. L’ancien monégasque s’épanouit dans une équipe où ses trois buts et trois passes décisives font du bien. L’ex-nancéien est également le maître des coups de pieds arrêtés, une arme décisive pour Stéphane Moulin et son adjoint Serge Le Dizet. Autour de ce coeur du jeu, la défense avec des éléments expérimentés de L2 forts dans les duels comme Romain Thomas ou Ismaël Traoré, ou des anciens joueurs prometteurs de L1 comme l’ancien stpéhanois Yoann Andreu sur l’aile, protègent Ludovic Butelle. L’ancien joueur messin, mais aussi ancien gardien de Valence, se refait une santé à Angers après quelques moments difficiles notamment à Arles-Avignon. Même si le milieu est souvent représenté par Mangani et N’Doye, quelques noms comme Olivier Auriac, ancien capitaine emblématique du SCO et formé aux Girondins (9 matchs cette saison), ou Abdoul Camara ancien rennais, parlent aux connaisseurs de la L1. Quelques joueurs de devoir comme Vincent Manceau ou Romain Saïs complètent le tableau. Dans un rôle de piston entre le milieu et l’attaque, l’ancien lorientais Gilles Sunu est aussi en train de réaliser une bonne saison. Enfin, l’attaquant de pointe, métier difficile dans cette équipe du SCO très efficace mais en manque de jeu construit, peut être Billy Ketkeophomphone, Slimane Sissoko ou Férébory Doré qui avait pesé sur la défense girondine lors de la défaite en Coupe de France des Girondins au Stade Jean-Bouin il y a cinq saisons lors de la période Jean Tigana. Mais aucun de ces attaquants ne survole les débats, avec un seulement un but à mettre au crédit de Ketkeophomphone. Symbole d’une équipe forte derrière, forte au milieu, mais plus en difficulté en attaque.

3 questions à... Quentin Bossé (Journaliste sportif chez Ouest France en charge du SCO d’Angers)

WebGirondins : Angers, 2eme du championnat, est presque imbattable cette saison. Comment expliquer ce parcours de la part d’un promu ?

Quentin Bossé : Angers est une équipe pragmatique. C’est le terme que l’on ressort régulièrement depuis le début de la saison en tant qu’observateurs. Si on prend un peu de recul, on se rend compte que l’équipe a changé sa manière de jouer. En L2, c’était une équipe joueuse qui évoluait en 4-2-2 avec deux vrais attaquants axiaux. En montant en L1, le staff a changé de projet de jeu en recrutant des joueurs athlétiques qui défendent bien. La L1 est un championnat réputé pour être dur physiquement, et les joueurs qui ont été recrutés s’intègrent bien dans cette idée. Après, l’équipe défend bas et le fait bien. Il y a une grosse efficacité sur coups de pieds arrêtés. Tout ça suffit à être bon deuxième derrière le PSG en L1. Le changement a été décidé à l’intersaison, il y a désormais un 4-5-1 très compact. N’Doye et Mangani jouent quasiment au niveau des joueurs d’ailes. L’attaquant de pointe est très isolé dans le jeu angevin. D’ailleurs N’Doye est le meilleur buteur et Mangani le deuxième meilleur buteur. Angers n’a de toute façon pas les moyens de se payer un bon buteur, du coup le rôle de l’attaquant de pointe est délicat, il presse beaucoup, c’est le premier défenseur de l’équipe. Mais ça fonctionne bien pour Angers en jouant de cette manière.

WebGirondins : Au niveau du club, comment vit-on cette période un peu irréaliste ?

Quentin Bossé : C’est un peu spécial, mais Angers n’est pas non plus comme Arles-Avignon qui était monté il y a quelques années. Le SCO est un club qui s’est structuré plusieurs années en L2. Le centre d’entraînement est flambant neuf et ça faisait cinq saisons que le club jouait la montée avant d’accéder à la L1. Tout a bien été préparé. Pour l’entourage du club, les observateurs c’est sympa à suivre. Les joueurs sont sur leur nuage. En revanche, on attend tous le moment où ça va se tasser. Tant qu’il n’y aura pas de blessés, ils pourront imaginer finir dans les cinq premiers. Mais s’il commence à y avoir des blessés importants type N’Doye ou Thomas, derrière, le banc est très léger. Ce ne serait plus la même équipe. Je pense que les joueurs se rendent compte que ce qu’ils vivent est exceptionnel. Maintenant, il y a aussi des approches différentes. Il y a des anciens de la maison angevine qui le vivent avec plus d’enthousiasme, vis-à-vis de leur passé avec le club, et il y a d’autres joueurs qui ont connu la L1 qui sont plus tranquilles, car c’est leur job de jouer à ce niveau. De toute façon, Angers va continuer à jouer avec ses armes, avec sa mentalité, car l’équipe n’est pas capable de jouer autrement. Concernant le classement et les objectifs, il est beaucoup trop tôt pour imaginer jouer autre chose que le maintien dans l’idée de l’équipe.

WebGirondins : Comment voyez-vous ce prochain Angers-Bordeaux ?

Quentin Bossé : Je pense que ce sera un super spot de pub pour la LFP (rires). Bordeaux a du répondant athlétiquement, il y a des joueurs assez costauds. Sur cet aspect-là, ils pourront rivaliser avec Angers. Et puis, les Girondins ont plus de talent offensif que les Angevins. Mais je pense que Bordeaux a besoin de points, et que les Girondins se contenteraient d’un point comme les joueurs d’Angers. Je vois un match très fermé où tout le monde sera content tant qu’il n’y aura pas de but. S’il y a une ouverture du score, ça risque de débrider un peu les choses mais globalement ça se passe souvent de cette façon avec Angers. Le SCO a beaucoup de mal à faire le jeu à domicile. Dès que les équipes se découvrent, notamment à l’extérieur, les hommes de Stéphane Moulin les punissent, mais à domicile c’est à eux de faire le jeu et c’est une autre histoire. Parfois le match peut être emballé mais il n’y a jamais vraiment de grande maîtrise. En tous cas, si Bordeaux continue sur le même rythme que depuis le début de la saison, sans élever son niveau de jeu, il y a fort à parier que l’on se dirigera sur un score nul.

Par Florian RODRIGUEZ

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