Les Corses retrouvent du Gaz

30/10 - 07:00 | Par la rédaction | Il y a 11 ans

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Malmenés mais courageux depuis leurs débuts dans l’élite, les Gaziers d’Ajaccio ont ramené la première victoire de leur histoire en L1 face à Nice samedi dernier (3-1). De quoi éclaircir le ciel ajaccien et espérer une avancée face à Bordeaux pour recoller aux concurrents pour le maintien.

Le début de saison 

Après Troyes, le Gazélec. Les Girondins vont affronter samedi un autre promu au style opposé. Si Troyes n’a toujours pas trouvé le réalisme qui aurait couronné ses efforts dans le jeu face aux Girondins, les Gaziers d’Ajaccio ont, eux, réussi à empocher leur première victoire de la saison (et de leur histoire en L1) face à Nice (3-1). Face au petit ogre niçois, meilleure attaque de L1, capable d’inscrire deux fois 4 buts sur des pelouses compliquées (à Saint-Etienne et Rennes) et de corriger Bordeaux avec 5 but d’écart (6-1), le Gazélec a créé la surprise. Solides, les joueurs corses n’ont pas tremblé et ont gardé la zone de non-relégation en point de mire. S’ils étaient déjà à 2 points de Montpellier au soir de la 10eme journée, les Ajacciens ont rajouté de l’espoir à leurs objectifs grâce à cette victoire. En souffrance face à Troyes mais accrocheurs lors de la 1ere journée de L1, les joueurs du Gazélec avaient enchaîné ensuite les défaites sans jamais être surclassés. 5 défaites d’affilée, dont une honorable rencontre perdue à Paris en luttant courageusement (2-0), avaient exposé le club aux remarques médiatiques pessimistes. Les hommes de Thierry Laurey, ancien joueur du PSG et de Montpellier, n’étaient pas passés loin lors des matchs à domicile face à Rennes (1-1), Monaco (0-1) et Toulouse (2-2). Une preuve que l'espoir était permis pour une équipe qui faisait du surplace, le temps de s’adapter à une L1 compliquée pour une un club qui découvre ce niveau de compétition pour la première fois. Avec la perspective d’un derby corse de feu dans deux rencontres et qui comptera pour le maintien, Bastia étant actuellement classé 16eme à 4 points du Gazélec, les Gaziers ont une occasion unique de poursuivre leur début de relance face à Bordeaux. Une deuxième victoire de suite, donnerait un relief presque inespéré à une saison qui semblait mal partie.

L’effectif

L’effectif ajaccien ne manque pas de noms connus de la L1 qui ont déjà brillé à ce niveau. Jérémie Bréchet ancien girondin sous l’ère Francis Gillot et 2 fois champion de France avec Lyon continue de tenir la défense centrale. À ses côtés, on retrouve le colosse sénégalais Kader Mangane qui avait fait les beaux jours de Lens et Rennes avant de s’envoler pour le Qatar, l’Angleterre et la Turquie. Autre très bon joueur de L1 : David Ducourtioux, polyvalent et capable de tenir un couloir ou de jouer milieu récupérateur. Sedan et Valenciennes se souviennent de ce joueur combatif et loin d’être maladroit ballon au pied. Entourés de l’emblématique Rodéric Filippi, pure produit ajaccien, les anciens de L1 peuvent aider l’équipe à voyager. Ce mélange de joueurs corses ou du Sud de la France, comme les défenseurs et milieux Pablo Martinez et Louis Poggi, et de joueurs issus du sérail de la L1, donne un effectif complémentaire et accrocheur. Prêté par l’Udinese au Gazélec, Alexandre Coeff, ancien lensois de 23 ans, apporte un profil polyvalent de récupérateur et relanceur intéressant pour enrichir cet effectif très atypique. Tout comme Damjan Djokovic, joueur croate offensif au style plein de fougue passé par le Calcio (Bologne, Cesena, Livourne), auteur d’un but et d’une passe décisive depuis le déput de saison. Enfin, en attaque, Grégory Pujol est le symbole de l’effectif ajaccien : expérimenté mais capable de mettre le bleu de chauffe à 35 ans et de se placer au service d’une équipe en difficulté. Auteur de 2 buts, l’ancien nantais est un joueur remarquable, en capacité de marquer encore et de jouer pour l’équipe. Une attention sera également portée du côté bordelais sur Clément Maury, gardien de 29 ans, Gazier depuis 3 ans et passé par Châteauroux, qui réalise un très bon début de saison. Remarqué par les observateurs après de beaux arrêts et une maîtrise intéressant de sa surface, il est lui aussi le symbole d’une équipe non résignée malgré son statut de petit poucet de la L1.

3 questions à... Baptiste Gentili (Joueur du Gazélec entre 1986 et 1992 - Entraîneur du Gazélec entre 2004 et 2007 - Entraîneur professionnel notamment passé par Nantes et le Shengaï Shenhua).

WebGirondins : Pouvez-vous nous décrire le style de jeu du Gazélec Ajaccio cette saison ?

Baptiste Gentili : Avant tout, le Gazélec c’est surtout un état d’esprit. La marque de fabrique du club, à domicile comme à l’extérieur, c’est le caractère. C’est un projet commun, un état d’esprit combatif. Ce club, il n’y a pas longtemps, était encore dans le giron amateur. Il a été 5 fois champion de France amateur, a réalisé de multiples exploits en Coupe de France. C’est grâce à ces parcours que l’on voit le caractère de ce club. C’est leur première année à un niveau aussi élevé que la L1 et Thierry Laurey, le coach, réalise un travail remarquable. Il n’y a pas de style ni d’organisation fixe car l’équipe est obligée de s’adapter à ses adversaires. Même si l’entraîneur essaye de garder la même formule, il est impossible pour une équipe comme le Gazélec d’imposer son jeu à l’adversaire. Ils ont fait un très bon match contre Nice en battant les Aiglons 3-1, et étonné beaucoup de monde. Dans la semaine qui a précédé, je m’interrogeais sur la capacité de l’équipe à prendre plus de risques, car si elle n’avait jamais gagné, elle n’avait pas non plus pris de déculottée, tout a toujours été cohérent. Mais la différence a été justement la capacité à essayer plus de choses. Ils ont manqué d’un peu de réussite à domicile face à Rennes (1-1) ou Monaco (0-1) mais ce qui me paraissait flagrant c’est que cette équipe était très disciplinée, peut-être même trop en étant dans ses petits souliers. Je me disais qu’il était temps qu’ils lâchent les chevaux. Ce qui a changé face à Nice, c’est ça : la capacité à tenter plus, et ça a donné le match référence du club à ce niveau. Le problème maintenant, c’est d’être capable de répéter cela.

WebGirondins : Cette victoire face à Nice a relancé le Gazélec, pensez-vous que les joueurs ont pris la mesure du niveau de la L1 ?

Baptiste Gentili : J’ai l’habitude de dire qu’il faut attendre la 10eme journée d’un championnat pour jauger les possibilités d’une équipe dans son championnat. Là cela tombe bien, on approche de la 12eme journée, et il y a un match contre Bordeaux samedi. C’est très difficile d’enchaîner deux victoires de rang à domicile, mais s’ils y arrivent, les joueurs pourraient sortir de la zone rouge. Franchir cette barre de la relégation est important psychologiquement. C’est de toute façon leur objectif et il est certain que le jour où ils passeront cette barre, des choses changeront. Malgré les résultats, le club n’a jamais été décroché et à l’heure actuelle, psychologiquement, même si le chemin est encore long, ce serait important de remonter un peu. En poussant la réflexion plus loin, je dis que le bon raisonnement, c’est de se focaliser sur les 40-42 points à obtenir pour se maintenir. Je n’aime pas les statistiques mais pour le maintien, c’est très fiable de se fier à cette fourchette de points. Les supporters se prennent à rêver car leur équipe n’est qu’à deux points du 17eme, mais est-ce que l’équipe a la possibilité de marquer entre 40 et 42 points ? C’est sur cela qu’il faut axer la réflexion. Toutes les semaines, les choses peuvent changer. Il ne faut pas prendre le classement trop à coeur, mais raisonner en termes de possibilités d’atteindre les 40-42 points. Depuis l’instauration de la victoire à 3 points, on a remarqué dans tous les championnats européens que c’était le bon quota pour se maintenir dans l’élite. Quand je dirige un groupe je tiens ce discours là à mes joueurs. Dans la communication, je me base sur des petits championnats dans le championnat. Le 14eme est le premier de notre championnat pour le maintien, et notre objectif est de nous rapprocher de lui en termes de points. Je pense que le Gazélec doit voir les choses de cette façon.

WebGirondins : Comment voyez-vous ce prochain Gazélec-Bordeaux ?

Baptiste Gentili : Je suis le Gazélec de près, mais je suis tous les matchs et j’ai donc vu jouer les Girondins. Il faut prendre compte le fait que Bordeaux aussi n’est pas très brillant. Je sais qu’on n’est pas très content du côté de la Gironde à la fois du jeu pratiqué mais aussi du comportement de l’équipe. C’est donc un match à double tranchant. Bordeaux n’est pas bien, mais peut venir à Ajaccio avec l’ambition de prendre des points, c’est le moment pour eux de récupérer ces fameux points. Avec tout le respect que l’on doit au Gazélec, c’est une mission tout à fait abordable pour les Girondins qui peuvent ambitionner de l'emporter. Ça c’est le côté pessimiste pour le club corse car il faut ajouter que gagner deux fois de suite à domicile est souvent compliqué. Mais cet aspect-là, ne doit pas entrer en compte pour le raisonnement de l’équipe, les joueurs n’ont pas à s’embrouiller avec ça. Contre Nice, les Ajacciens ont montré qu’en prenant plus de risques, ça pouvait passer et ce type de victoire a fait du bien sur le plan du moral. Bordeaux ne doit pas s’attendre à un match facile, mais contrairement à Nice qui était sur un nuage et n’avait pas cette urgence de prendre des points, les Girondins se doivent d’avancer. Ça devrait être un match ouvert car le nul n’arrangerait personne. Ni Bordeaux qui continuerait à ramer, ni le Gazélec qui a besoin de décoller.

Par Florian RODRIGUEZ

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