Nice chasse les étoiles
© Iconsport
Habiles dans le jeu et reconnus pour leur maîtrise offensive, les Niçois briguent une place européenne. Le chemin encore long et sinueux va mettre à l’épreuve l’équipe de Claude Puel à chaque journée de championnat, à commencer par le déplacement à Bordeaux vendredi.
La forme de Nice depuis le match aller
Les Aiglons s’étaient envolés au match aller, étrillant les Girondins dans un match qui a donné confiance à tout un groupe (6-1), en même temps que les premières fragilités bordelaises prenaient forme. Deux victoires cinglantes sur le même score à Saint-Etienne et Rennes (1-4), avec un jeu léché et impressionnant, ont suivi et installé Nice dans le haut du classement. Depuis, les Azuréens alternent les gros coups et les résultats plus décevants. Au mois de novembre l’équipe de Claude Puel a enchaîné deux grosses performances de rang en s’imposant à Marseille (0-1) puis en battant nettement Lyon (3-0)… Avant de perdre 2-0 sur le terrain d’une équipe toulousaine pourtant au fond du gouffre. Après un mois de décembre très limité (une victoire, deux nuls et une défaite), Nice aurait pu rentrer dans le rang. Mais un mois de janvier à 7 points sur 12 possibles, avec notamment un bon point pris à Lille (1-1) et une victoire sur la surprise angevine (2-1) a permis aux hommes de Claude Puel de rester à flot et de continuer à truster le podium. En février, le rythme niçois est le même : prometteur dans le jeu, mais un peu en dent de scie au niveau des résultats. Court vainqueur de Toulouse (1-0), Nice a ensuite trébuché à Monaco (1-0) avant de se reprendre malgré l’absence de victoire face à Marseille à l’Allianz Riviera (1-1). L’OGC Nice se rend à Bordeaux vendredi avec une 3eme place au classement à défendre alors que Saint-Etienne, 4eme avec 40 points également, met une grosse pression. Face à une équipe bordelaise sans doute revancharde, Nice devra choisir son habit de gala pour continuer son aventure en haut du tableau de la L1.
Le point sur l’effectif
Parti de Saint-Etienne sans vraiment s’être imposé, le défenseur formé à Bordeaux, Paul Baysse, réussit une bonne aventure à Nice. Défenseur le plus utilisé par Claude Puel (19 matchs), l’ancien brestois est un élément clef de l’arrière-garde niçoise en compagnie de Maxime Le Marchand (17 matchs). Mathieu Bodmer est également un élément de premier plan. Installé en défense centrale, l’ancien lyonnais a été repositionné au milieu de terrain face à Marseille dimanche, en position de meneur de jeu, pour remplacer Hatem Ben Arfa. Le détonateur du jeu niçois ne pourra pas jouer pour l’OGCN avant un bon mois. Victime d’une lésion aux ischios-jambiers, Ben Arfa manquera à Nice car ses 11 buts (et 2 passes décisives) pèsent lourd dans le rendement offensif spectaculaire des Niçois. Un rendement qui est rendu possible par un milieu axial à trois composé des jeunes virevoltants Nempalys Mendy, Vincent Koziello et Jean-Michaël Seri. Avec un Mendy pure récupérateur et Koziello et Seri davantage créateurs (respectivement 2 et 4 passes décisives), Claude Puel dispose d’un milieu atypique et très cohérent. Avec cette base au milieu de terrain immuable, d’autres joueurs offensifs comme le prometteur Alassane Pléa, de retour de blessure, peuvent prendre le relai de Ben Arfa dans le jeu d’attaque. Même si l’ancien lyonnais est absent, Nice peut tout de même continuer de croire en sa bonne étoile offensive puisque Valère Germain continue sa belle saison azuréenne. Auteur de 8 buts et 4 passes décisives, Germain est en pleine forme, et démontre chaque weekend son intelligence de jeu. Avec un Frédéric Guilbert replacé en défense centrale côté bordelais, le match dans le match entre Germain et Guilbert sera intéressant à suivre avec deux joueurs doués pour l’anticipation. Les Girondins devront faire face globalement à une belle armada niçoise, capable de jouer ensemble et de poser des difficultés à beaucoup d’adversaires.
3 questions à... Patrice Alberganti (Attaquant de l’OGC Nice entre 1997 et 1999 - Président du Club des anciens Aiglons)
WebGirondins : Nice, 3eme de L1, lutte pour la qualification en Ligue des Champions. Comment Nice va devoir s’y prendre pour parvenir à atteindre ce rêve ?
Patrice Alberganti : Je pense que nous avons à Nice une consistance de jeu très intéressante. Le jeu est léché et travaillé, ce qui pourrait permettre aux Aiglons de rivaliser avec n’importe qui jusqu’à la fin de la saison. Après, Nice n’est pas habitué à jouer le haut de tableau. Il va falloir garder ce rythme et ce sera très difficile, mais je pense qu’on est armés mentalement. Nous avons vu de sacrés revirement avec l’OGCN cette saison avec des scores remontés et des points cherchés avec force. Avec le jeu mis en place, je pense que Nice a les armes pour jouer le haut de tableau. Maintenant, de là à jouer la Ligue des Champions, j’émets un doute. Mais prendre une place européenne, je pense que c’est tout à fait possible. Pour la Ligue des Champions, il faut prendre en compte le retour des grosses écuries comme Lyon, Marseille, Saint-Etienne, et dans le money-time, le rythme va être soutenu. On s’aperçoit dans ce championnat qu’une victoire ou une défaite peut changer beaucoup au classement, la pression est forte. Si Nice fait une série, les choses se dessineront un peu plus.
WebGirondins : Mathieu Bodmer a été titularisé dimanche en tant que meneur de jeu à la place de Ben Arfa, blessé quatre à six semaines. Est-ce une solution viable pour Nice ?
Patrice Alberganti : Je pense que c’est une solution de remplacement dans un registre totalement différent de celui d’Hatem Ben Arfa. Hatem va chercher le ballon, il va privilégier en premier lieu la décision individuelle. Mathieu de son côté va plutôt faire jouer l’équipe. Il voit les solutions avant les propositions. D’ailleurs, en première mi-temps dimanche face à Marseille ce fut le problème, car Mathieu Bodmer voit plus vite le jeu que ses coéquipiers et a un peu devancé leurs appels et leurs déplacements. En une mi-temps face à Marseille, il a joué pas loin de 60% de ses ballons à une touche de balle, ce qui est énorme. C’est un numéro 10 à l’ancienne qui va travailler dans sa zone, un peu comme il le faisait à ses débuts à Caen puis à Lille. C’est ce joueur offensif de la fin des années 90 et début des années 2000. Je pense que si on garde Bodmer au sein de notre système de jeu, en utilisant ses propres qualités, le résultat peut être très intéressant. Mais on va rentrer dans une logique différente. Quand Hatem Ben Arfa va polariser trois ou quatre joueurs adverses, ce sera différent avec un marquage individuel possible sur Mathieu Bodmer. J’ai peur que les équipes adverses aient plus de facilités à contrer Nice dans ces conditions.
WebGirondins : Comment voyez-vous ce prochain Bordeaux-Nice ?
Patrice Alberganti : J’ai été joueur, et quand tu en prends 6 dans un match, tu attends le retour de pied ferme. Tu dis : « les gars on va tout faire pour leur rendre la monnaie de la pièce ». Après, je sens tellement Nice avec un mental fort, avec des étapes franchies depuis deux saisons, que je me dis qu’ils peuvent réaliser quelque chose à Bordeaux. Les Bordelais vont mettre la pression d’entrée. Si j’étais Sagnol, je dirais à mes joueurs d’attaquer fort pour faire douter l’adversaire rapidement, et je pense qu’il va s’appliquer à demander cela à ses joueurs. En sachant que Nice contrôle bien le ballon et se montre capable de bien gérer le jeu, ça ne sera pas facile pour Bordeaux… Mais ce sera aussi compliqué pour Nice car je sais que Bordeaux va avoir un esprit revanchard. Il faut malgré tout faire attention à ne pas être pris à son propre piège avec l’envie de revanche car cela peut facilement se retourner contre soi.
Par Florian RODRIGUEZ