Saïd Ennjimi : ”Des clubs professionnels dépensent plus qu'ils ne gagnent”
11/06 - 17:51 | Par la rédaction | Il y a
5 ans
Le président de la Ligue de Football de Nouvelle-Aquitaine, Saïd Ennjimi s’est exprimé dans l’émission Dimanche en politique sur France 3 Aquitaine à propos de l’avenir des Girondins de Bordeaux.
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Comment les Girondins de Bordeaux en sont arrivés-là ?
Saïd Ennjimi sur France 3 Aquitaine : "C'est strictement sportif, indépendamment de tout ce qui a pu se passer dans le cadre de la reprise du club, la descente est d'abord manifestement sportive avec une déliquescence. Malheureusement, on a cru à un certain moment, et moi le premier qu'il y aurait peut-être matière à passer cette saison de transition difficile, avec une reprise qui a été faite au mois de juillet. Donc, selon moi, c'est d'abord et avant tout une déception sportive."
Est-ce que les dirigeants bordelais ont fait des erreurs ?
"La difficulté de la glorieuse incertitude du sport, c'est que, par définition, on fait des erreurs. Donc c'est vrai qu'a posteriori, constater que l'équipe aurait mérité de se maintenir en Ligue 1, c'est facile à dire quand on est assis sur la chaise qui est la mienne aujourd'hui.
Oui, il y a eu manifestement des erreurs qui, encore une fois malheureusement, ont conduit à la rétrogradation en Ligue 2. Cependant, il y avait l'effectif nécessaire si jamais on se penche sur le sportif indépendamment de tout ce qui se passe à l'extérieur. Moi j'ai ressenti surtout une baisse de régime, d'ambition, d'envie de combat de la part des joueurs. Alors, est-ce que c'était difficile en interne ? C'est possible. Je pense que les supporters auraient apprécié de voir des joueurs qui auraient tout donné malgré une descente."
Le rôle des Ultras et l'affaire Costil
"Très délicate effectivement, entre le fait de supporter et le fait de s'intéresser à la gestion d'un club, les supporters, d'une manière générale, considèrent légitime de pouvoir avoir un avis sur l'ensemble des sujets. Pourquoi pas même faire partie intégrante des décisions qui sont prises et c'est là où la frontière est difficile.
Je pense qu'effectivement chacun doit rester à sa place et que les supporters supportent. Mais un mot quand même sur Benoît Costil que j'ai côtoyé pendant des années sur les terrains de foot. Bon, vous imaginez comment je m'appelle ? J’ai la notion de racisme, et avec Benoît Costil c'est juste impensable. C'était un des joueurs qui étaient les plus agréables sur le terrain, un de ceux qui aidaient les arbitres au sens large. Je sentais bien que c'était un relais sur le terrain."
Concernant les échanges entre les Girondins de Bordeaux et le monde amateur
"Ça a toujours été difficile parce qu'en fait on n’a pas eu le temps de pouvoir construire quelque chose, puisque le rapport entre un club de Ligue 1 et son monde amateur s'inscrit sur un temps long.
On les a sollicités afin de pouvoir avoir des représentants des Girondins de Bordeaux, des techniciens sur l'ensemble du territoire, de telle façon à recréer le lien avec le foot amateur, mais aussi à repérer les meilleurs joueurs. Malheureusement, on n'a jamais eu le temps de le faire."
Le football, un monde d’extravagance ?
"Complètement, mais en même temps, c'est une économie, cela génère énormément de revenus. Le seul travers, si vous voulez, c'est l'explosion de la masse salariale en rapport avec le revenu. Mais il ne faut pas s'étonner des revenus très conséquents que génère le football puisque c'est inhérent au nombre de spectateurs, téléspectateurs et au nombre de publicités qui sont orchestrées par ce par ce milieu-là.
Moi, la seule crainte que j'ai, c'est cette poussée inflationniste systématique sur le contexte des joueurs et un peu moins sur les agents. Néanmoins, ce qui m'inquiète, c'est cette gestion très particulière des clubs pros qui dépensent plus qu'ils ne gagnent et espèrent en fin de saison former de très bons joueurs pour pouvoir les revendre. Ça n'existe nulle part dans aucune entreprise et ce n'est pas viable."
Que doit-on attendre du passage devant la DNCG ?
"Que doit-on redouter déjà, parce qu’attendre à priori, croisons les doigts, je ne suis pas certain qu'il y ait une nouvelle très positive dès mardi. La situation financière des Girondins étant catastrophique. Il y a beaucoup de communication avec Gérard Lopez qui fait fuiter l'idée qu’avec les créanciers du club, ils ont un accord pour réduire à la dette ou en tout cas aménager la dette et avoir une espérance financière plus réjouissante.
Cependant, mardi, la DNCG soit prononce un sursis sur le dossiers du club avec le temps de la réflexion pour prononcer des sanctions à savoir si Bordeaux reste en Ligue 2 ou pas. Ou clairement va rétrograder à titre conservatoire les Girondins de la division inférieure, c'est-à-dire en National.
Ensuite, à charge pour eux ensuite de faire appel pour présenter d'ici la fin du mois de juin les montants suffisants pour partir en Ligue 2 mais ça n’en prend pas le chemin à priori."
Quel serait le montant des fonds injectés pour que les Girondins soient en Ligue 2 la saison prochaine ?
"En matière de Ligue 2, alors pour être pédagogue, la situation financière nette des Girondins de Bordeaux au 30 juin 2021 et de -30 millions d’euros par rapport aux documents qui sont libres d'accès. La situation nette en fait, c'est l'accumulation des bénéfices et/ou des déficits. Maintenant, Il semblerait qu'il soit engagé sur un déficit autour de 40 millions, c'est-à-dire 40 à 50 millions d'euros pour pouvoir ramener la situation nette à 0. La DNCG exige que la situation nette soit de 0 et donc pas de déficit antérieur."
Les conséquences de la descente en Ligue 2 des Girondins pour le territoire aquitain ?
"La vraie difficulté, c'est qu’on aura plus, ou en tout cas moins la capacité d'un club d'élite. En fait, un club de Ligue 1 aimante les meilleurs jeunes. Ensuite, il nous faut des clubs de Ligue 2. Il faut rendre hommage à Pau qui est monté en Ligue 2, donc ça permet à ceux qui tentent leur chance aux Girondins de Bordeaux et qui ne réussissent pas chez les professionnels d'avoir un point de chute.
Et puis, il nous manque encore une 3e en National voir en National 2. En effet, cela permet de conserver les meilleurs jeunes sur le territoire, puisque les parents souhaitent que leurs enfants restent sur le territoire. Donc le fait que Bordeaux descende en Ligue 2, malheureusement les premiers choix, vont partir dans les autres clubs formateurs professionnels et ça va affaisser un petit peu notre niveau général."
Vincent Chaudel : “Les Girondins de Bordeaux avaient le 6e budget de Ligue 1” #Girondins https://t.co/s7iI4Y6TRg
— WebGirondins (@webgirondins) June 11, 2022