Carnet d’entraînement : Serrer la défense

Carnet d’entraînement : Serrer la défense
11/01 - 16:22 | Il y a 2 semaines

Jeudi 11 janvier 2018 - Le Haillan : Délocalisé sur le terrain synthétique, l’entraînement des Girondins a séparé les joueurs offensifs et défensifs. Ces derniers, dans une grande intensité, ont travaillé le pressing et les sorties de balle pour la première de Paul Baysse sous les couleurs girondines… Devant le personnel du château venu adresser un message aux joueurs et au staff en fin de séance.

Le long du terrain principal, un vigile des Girondins de Bordeaux tire péniblement l’imposante bâche verte kaki, stigmate des dernières séances à huis-clos de la semaine. Sur ce terrain habituel, aucun plot. Pas de chasubles au sol. Rien que de l’herbe et des cages diamétralement opposées. L’animation se situe du côte de l’espace médias où la conférence de presse de Paul Baysse vient de se terminer, devant un contingent de journalistes plus important que lors d’un jeudi classique du mois de janvier. Quelques supporters présents au bord du terrain sont informés par l’homme de la sécurité que l’entraînement va avoir lieu de l’autre côté, derrière le parking des joueurs, sur le terrain synthétique. Ce dernier, robuste malgré la pluie incessante de ces derniers jours, est déjà jonché de matériel et prêt à se faire piétiner par les crampons. Les journalistes ont pris place du côté des vestiaires et les objectifs des appareils photos et les caméras sont prêts à traquer les premiers pas de Paul Baysse fraîchement débarqué de Malaga pour redonner de l’impact à une équipe girondine en perte de confiance.

La chevelure grisonnante de Jérémy Toulalan est la première à faire son apparition. L’international français, en discussion avec Eric Blahic, prend le temps d’humer l’air du terrain. Les coéquipiers du capitaine girondin mettent peu de temps à lui emboîter le pas et dans une chorégraphie très rapide, chacun saisit une chasuble proposée par Eric Blahic et se met en place. Les gardiens, accompagnés de Franck Chaumin se placent sur la cage de gauche en regardant les vestiaires. À l’opposé, un groupe composé de chasubles bleues et de chasubles blanches est pris en charge par Eric Blahic. Un groupe composé des défenseurs et des milieux défensifs Otavio et Toulalan. Côté gardiens, Pierre Espanol gère le reste de l’équipe où l’on retrouve les éléments offensifs des Girondins accompagnés des milieux axiaux Lerager, Vada, Youssouf, Meïté, sans Younousse Sankharé absent marquant de la séance. Les premières minutes épargnent les joueurs d’une pluie qui semblait vouloir être de la partie au début de la conférence de presse de Paul Baysse. Les nuages et la grisaille semblent vouloir se battre avec les rayons de soleil et le ciel bleu, comme un symbole de l’actualité girondine du moment. Les joueurs défensifs s’échauffent en multipliant les aller et retour sur le sens de la largeur, dans leur moitié de terrain, en alternant entre les talons-fesses, et ouvertures et fermetures de jambes. Du côté du groupe Espanol, les joueurs échangent des ballons via des aller-retour sur petit périmètre dans le sens de la longueur.

« Ouais, ouais. » À tour de rôle, Costil, Prior, Mandanda et Poussin se saisissent de ballons en hauteur et chauffent leurs voix. « Allez, appel et contre-appel » demande Pierre Espanol à ses joueurs pour parfaire l’échauffement. Jocelyn Gourvennec, au centre du terrain, plus proche des défenseurs, se tourne régulièrement pour observer chaque groupe. « Allez en place ! » La voix d’Eric Blahic, avec une pointe de fermeté, prend le dessus sur le bruit ambiant. Chez les défensifs, trois séries de deux plots se font face, distants d’une dizaine de mètres. À leurs niveaux, les joueurs en chasubles bleues et blanches terminent l’échauffement ballon au pied. Le but est de balayer le terrain, avec appui sur le milieu défensif, avant de chercher le latéral qui doit faire un appel en direction des plots adverses, le ballon devant être délivré dans la course. L’équipe blanche est composée de Pellenard et Pablo pour la défense centrale, de Jovanovic à droite et Contento à gauche, et d’Otavio et Carrique devant leurs partenaires. En face, Baysse et Koundé forment l’axe, Gajic couloir droite et Poundjé couloir gauche et Toulalan et Sabaly forment la paire de récupérateurs. Après avoir insisté sur la nécessité de trouver le latéral au niveau des plots adverses, mais aussi de ne pas déserter les plots de son propre camp sur le jeu sans ballon, ces derniers représentants des adversaires potentiels, Eric Blahic enrage devant un positionnement aléatoire de Jovanovic: « Vuka, les plots !  Resserrez à hauteur des plots ! »

Jocelyn Gourvennec tourne le dos aux défenseurs et observe les attaquants continuer de se mettre en jambes. Certains optent pour des transversales. Cafu, lui, a opté pour la solution individuelle. Très fin au niveau des jambes, le milieu offensif brésilien improvise des dribbles fluides dans le vent. Les défenseurs ont pris de l’avance dans leur séance, et sont passés à un jeu d’affrontement sur cette courte bande de terrain sur laquelle ils travaillent depuis le début. Si le jeu est balayé sur toute la largeur, l’espace entre les limites figées par les plots est mince ce qui favorise un jeu sous pression dans la zone du milieu. Costil a rejoint l’équipe de Paul Baysse et Jérémy Toulalan, et dirige la ligne défensive qu’il devrait avoir devant lui samedi à Troyes, exception faite de Sabaly suspendu. En face, Pablo, affûté, n’est pas avare en communication. Le jeu est rapide et le but est de réussir à passer les plots adverses. Pour se sortir du pressing, un jeu en une touche de balle est souvent privilégié. Eric Blahic interrompt le jeu et prend la parole : « Vous n’aurez peut-être pas le ballon parfois, mais faites perdre du temps à l’adversaire. Là vous êtes trop loin. Allez ça repart. » 

De l’autre côté, chez les offensifs, on travaille en binôme. Taha, en retrait, dans l’axe, distribue le jeu pour deux séquences qui se succèdent. Sur la première action, la passe du jeune bordelais est destinée à un joueur dos au but qui décale pour son binôme chargé de frapper sur la remise et se retourne pour suivre dans la surface en cas de ballon relâché par le gardien. La deuxième action consécutive amène à une passe allongée de Taha sur l’aile où deux joueurs dédoublent pour un centre où les deux attaquants doivent se proposer dans la surface. « Avance, avance ! Recule ! » La voix de Paul Baysse porte à l’opposé. Le nouveau défenseur bordelais, centre de gravité abaissé, regard vif, suit les mouvements de ses adversaires, se replace, et ses bras, tels des ailes d’oiseaux montrent la direction à ses partenaires. « Vuka, tu portes trop le ballon, il faut aller plus vite » insiste Eric Blahic auprès de Jovanovic. L’entraîneur adjoint des Girondins est omniprésent, fidèle à sa hargne habituelle, et attend que ses joueurs mettent la pression à l’adversaire grâce à des passes concises. Baysse gicle devant Carrique et distribue pour Poundjé. Un « bien joué Paul » sort de la bouche d’Eric Blahic. Quelques mètres plus loin, Souhailo Meïté, gabarit imposant, a pris la place d’Ervin Taha à la distribution du jeu. Sur le côté gauche, Youssouf adresse un bon centre au sol que Malcom rate. « Mieux que ça » s’agace Pierre Espanol qui enchaîne avec un « Finis » à l’attention de Cafu qui récupère le ballon manqué par son coéquipier et marque malgré la main de Poussin. Visage fermé, Malcom se replace dans l’axe et se tourne vers Meïté. « Soualiho ! » Le jeune joueur offensif des Girondins interpelle son nouveau coéquipier et échange quelques gestes à distance avec l’ancien complice de Lerager à Zulte Waregem, comme pour adresser une requête sur la façon de jouer les ballons. Sur la deuxième séquence, le milieu offensif des Girondin voit sa frappe s’envoler au dessus de la barre après la remise de Cafu.

La réussite fuit les joueurs face au but et le trio Mandanda-Prior-Poussin prend souvent le dessus à l’image d’une frappe sèche de Lerager plein axe repoussée du plat de la main par Gaëtan Poussin. Sur l’action suivante, Vada marque en deux temps. Passé côté gauche avec Cafu, Malcom, alerté par Meïté, remet le ballon à son compatriote brésilien d’un extérieur du pied peu appuyé. Cafu redonne de la vitesse au ballon pour adresser un centre fuyant que Taha, en retard, ne peut couper de la tête. Pierre Espanol, avec un léger dépit, professe : « Rentre dans le ballon Ervin ! » Depuis une dizaine de minutes, le terrain, du côté des vestiaires, se remplit. Des hommes et des femmes, en civil, n’en finissent plus d’arriver et empiètent sur le terrain d’entraînement, restant très disciplinés. Ce sont les salariés des Girondins de Bordeaux qui ont rejoint les abords de la pelouse, un collectif d’environ cinquante personnes. Le contingent est rejoint par une dizaine de jeunes en tenue du club. Sur le terrain, Eric Blahic annonce la fin prochaine de la séance. « Allez, encore 5 minutes, montez en concentration » demande un Pierre Espanol exigeant. « Laisse, laisse. » Benoît Costil crie, dirige sa défense. Le gardien bordelais semble revigoré. L’intensité ne faiblit pas chez les défensifs qui se disputent le ballon proprement, en évitant les tacles qui pourraient causer des dégâts. 

Trois coups de sifflets retentissent. « Cinq minutes, venez par là » demande Jocelyn Gourvennec. L’entraîneur des Girondins enchaîne : « Allez, on va voir les salariés. » Le groupe se dirige, en rang serrés, vers les salariés des Girondins qui semblent trépigner d’impatience à mesure que leurs collègues joueurs de football se rapprochent d’eux. L’équipe est applaudie par le personnel du Haillan et se resserre encore un peu plus en faisant face aux hommes et femmes présents sur place. Après quelques instants de discours de l’un des représentants des salariés un : « On est tous avec vous, allez Bordeaux » retentit. Les mains recommencent à taper de plus en plus fort et de plus en plus longuement, les joueurs se joignent au mouvement. Un drone immaculé, avec un bruit de guêpe déchainée vient s’immiscer dans ce concert bruyant en tournant au dessus de la pelouse au milieu d’un ciel devenu bleu. Les joueurs remercient une dernière fois les salariés et Jocelyn Gourvennec reprend la parole : « C’est libre pour ceux qui veulent terminer. » 

Certains restent près des vestiaires et se font des passes sans toucher le sol à l’image de Vada, Kamano, Pereira et Cafu. Malcom et Lerager placent quelques frappes lointaines à destination de la cage gardée par Poussin. À l’opposé, Gajic et Poundjé centrent pour Prior, Toulalan et Jovanovic qui tentent de battre Mandanda même si le capitaine girondin ne s’éternise pas. Isolés en bord de terrain, Carrique et Koundé se retrouvent entre eux pour allonger quelques ballons. D’autres joueurs ont décidé de privilégier la parole à l’image de Plasil qui passe un long moment à discuter avec Meïté au milieu de terrain, semblant conseillant son jeune coéquipier, ou de Baysse et Costil restés discuter avec quelques salariés encore présents en bord de pelouse. Eric Blahic siffle et demande à ses joueurs de ramener les ballons. Quelques minutes plus tard, Jocelyn Gourvennec siffle trois fois à son tour. Mais les rires se poursuivent du côté du groupe Vada-Cafu-Otavio-Kamano-Pereira et Mandanda continue de se défouler dans les cages. Jocelyn Gourvennec, accaparé par une discussion avec Souhailo Meïté près des vestiaires est secondé par un nouveau coup de sifflet d’Eric Blahic et un « Allez » sec de Pierre Espanol qui ne fait toujours pas bouger les quelques joueurs restés sur la pelouse. « C’est bon là, ça va ! Over ! » Franck Chaumin commence à élever le ton et finit par faire réagir son gardien qui rejoint les vestiaires. Heureux d’être sur le terrain, les quelques récalcitrants joyeux finissent par emboîter le pas à leur jeune gardien. Il ne reste qu’un doux soleil rassurant au dessus du terrain d’entraînement, et un ciel plus vraiment menaçant dans le dos. Seul Jaroslav Plasil, qui devrait connaître rapidement sa sanction qui pourrait être lourde suite au match de Granville, est sorti du centre professionnel et file en courant à une allure soutenue pour s’enfoncer hors des regards derrière le centre de formation. Plasil et Bordeaux se raccrocheront aujourd’hui à leur séance dans un climat apaisé, sans imaginer pour le moment un futur plus lointain.

Par Florian RODRIGUEZ au Haillan

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