Interview - Alain Giresse : “Il n'y a plus qu’à s’attacher au maintien”

08/12 - 08:00 | Il y a 3 mois
Alors que le FCGB est le premier relégable de Ligue 2, la légende du club a accepté de répondre à nos questions pour évoquer la situation de plus en plus tendue aux Girondins.
Interview - Alain Giresse : “Il n'y a plus qu’à s’attacher au maintien”

© Iconsport

Avec son statut d’icône des Marine et Blanc et de suiveur toujours attentif du ballon rond, Alain Giresse est un témoin privilégié pour évoquer la dégringolade des Girondins de Bordeaux. S’il ne souhaite pas remettre en question Gérard Lopez, l’ancien milieu offensif appelle les joueurs et le staff à la mobilisation générale pour redresser la barre.

Quel est votre regard sur la saison des Girondins, qui sont à deux journées de la fin de la phase aller relégables ?

Alain Giresse : Il ne faudrait pas qu’à deux journées de la phase retour on soit dans la même situation ! J’ai vu le match contre QRM, c’est très compliqué, on ne va pas se mentir. Même s’il y a eu un espoir inattendu sur la fin, il n’y a plus que s’attacher au maintien désormais. Il faut savoir se contenter de ça parce qu’envisager autre chose, c’est utopique.

Vous ne croyez plus en une éventuelle série pour remonter au classement et viser les barrages d’ici mai ?

On peut parler de série oui, mais il faut aussi que les autres équipes aient une série inverse ! On a cru au début de quelque chose avec Albert Riera et ces deux victoires d’affilée, mais patatras, le Bordeaux actuel est fragile. Au-delà des données mathématiques, ce qui nous est proposé n’incite pas à l’optimisme. Évoquer les Girondins aujourd’hui, c’est parler d’un club qui joue le maintien en deuxième division. Ça sonne mal, mais c’est la réalité fin 2023. Il ne faut plus de méthode Coué par rapport au statut du club et ce qu’il représente dans le football français. J’espère que tout le monde en prendra conscience.

“Regardez Lyon au niveau au-dessus, on peut changer de coach à tout va, rien ne s’arrange”

 

Comment expliquez-vous une telle chute ? On n’a jamais senti le club autant dans le dur depuis la relégation au printemps 2022 ...

C’est un tout pour qu’on en arrive là. Il faut surtout prendre conscience en interne de la situation. Quand une équipe est mal embarquée, elle a du mal à se remettre dans la bonne direction, regardez Lyon au niveau au-dessus, on peut changer de coach à tout va, rien ne s’arrange.

On parle d’une équipe qui a pourtant joué la montée jusqu’au bout l’an passé. Comment expliquer un tel écart cette saison ?

Cette équipe a été modifiée, n’oublions pas qu’un mercato est passé par là. Et pour ceux qui sont encore là, est-ce que la dynamique de la saison dernière n’a pas été brisée net par l’échec de la montée ? Ce fameux match de Rodez, si ça se trouve, c’est un véritable tsunami dans la tête des joueurs.

Le mercato hivernal peut-il changer la donne ? Faut-il tout changer dans un mois ?

Le mercato hivernal ne sauvera pas tout, il ne faut pas rêver. Il faut avoir les moyens pour le réaliser et surtout quels joueurs on va prendre : des jeunes en manque de temps de jeu ? Des personnes qui veulent se relancer ? S’ils ne sont pas eux aussi dans une bonne dynamique, ça peut peser négativement. Mais malgré tout ce qu’on voit depuis le début de saison et la morosité actuelle, je crois qu’on va se maintenir.

De nombreux supporters, dont les ultras, réclament l’arrivée d’un président délégué pour épauler Gérard Lopez. Serait-ce la bonne solution selon vous ?

Vous pensez qu’un président délégué va arriver avec une baguette magique et tout régler en urgence ? Aujourd’hui tout repose sur l’équipe et sa situation en championnat. Pour un club de football, sa locomotive c’est son équipe première. Si ça va, la boutique tourne ! Après, s'il faut recadrer les choses, oui, je pense que c’est une bonne mesure. Bordeaux, comme les autres, fait partie de nouveaux clubs et leur mode de fonctionnement différent. Avant, les présidents avaient toujours leurs hommes forts pour créer une dynamique positive. Sur place, y a des gens qui travaillent bien comme Thomas Jacquemier, mais je ne veux pas lui faire offense, il n’incarne pas l’autorité.

“Est-ce que je suis prêt à regarder les Girondins beaucoup plus bas ? Non, on n’est jamais prêt pour ça”

 

Pensez-vous que le club puisse se relever d’une éventuelle relégation en National ?

On flirte avec le précipice ! Je ne connais pas la conséquence du maintien sur les finances du club, ça peut poser des questions. Est-ce que je suis prêt à regarder les Girondins beaucoup plus bas ? Non, on n’est jamais prêt pour ça. C’est une période très difficile, mais il ne faut pas qu’on creuse encore plus, qu’on s’éternise à cette place. On frôle avec le National, et on voit des clubs comme Nancy et Nîmes qui sont des noms connus, à la peine dans cette division.

Pour terminer, selon vous, Gérard Lopez est-il toujours l’homme de la situation ?

On peut poser toutes les questions que l’on veut sur Gérard Lopez, mais aujourd’hui, c’est le propriétaire, les Girondins, le club c’est lui. C’est l'homme qui mène la barque et qui a permis aux Girondins de toujours exister.

Propos recueillis par Adrien Mathieu.