Interview – Jean-Michel Larqué : “Je n’ai jamais vu un seul dirigeant des Girondins dans les clubs amateurs”
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À 76 ans, Jean-Michel Larqué est toujours proche du terrain. Basé au Pays basque, l’ancien milieu de terrain de l’Équipe de France occupe des fonctions de dirigeant à Saint-Jean-de-Luz et à Pau. S’il n’a jamais évolué aux Girondins, il garde un œil sur la situation des Marine et Blanc et regrette un certain manque de proximité.
WebGirondins : comment expliquez-vous le recul des Girondins de Bordeaux dans la hiérarchie du football français ?
Jean-Michel Larqué : On peut constater parfois des coïncidences, des accidents dans la vie d’un club mais sur la durée, les statistiques sont éloquentes. À l’époque où les Girondins étaient sous pavillon français, que ce soit Claude Bez, Afflelou ou Jean-Louis Triaud, est-ce que c’était mieux ? Je crois qu’on a la réponse.
"Je pense que l’amour de monsieur Lopez s’arrête à un moment au niveau du portefeuille"
L'arrivée d’Albert Riera sur le banc pour remplacer David Guion peut-elle changer la donne ?
C’est de la poudre de perlimpinpin ! Les Girondins aujourd’hui ne souffrent pas d’un problème d’entraîneur, même le meilleur n’y arriverait pas je pense. Alors oui, ça va faire du buzz pendant 24h, on va parler de projet de jeu, d’un possible renouveau mais c’est du pipeau : ce qui est important, ce sont les structures du club. Si on se penche sur le président Gérard Lopez, l’habit ne fait pas le moine. Vous les avez vu vous les 40 millions d’euros ? Ce sont les siens ? Je suis toujours aussi perplexe, je pense que l’amour de monsieur Lopez s’arrête à un moment au niveau du portefeuille. Je suis sceptique
Le problème majeur selon vous se situe donc au niveau de la direction ?
Parmi tous ceux qui veulent du changement, et ce n’est pas uniquement Bordeaux, on voit des clubs qui prennent des décisions hallucinantes. À moins d’être propriétaire d’un tonneau sans fond, et c’est rare dans le football français, on est sur la corde raide. Quand je dis que les choses sont faites à l’envers, prenez l’exemple des clubs partenaires : en général, une équipe professionnelle aide le monde amateur. Mais là, avec l’aval de certains dirigeants de la Ligue Nouvelle-Aquitaine, on a vu les Girondins demander des sommes pour avoir ce partenariat. Cela prouve bien qu’il n’y a aucune sensibilité sur la manière de diriger un club.
Regrettez-vous ce manque de lien des Girondins avec les clubs amateurs ? Avec l’ensemble de la région ?
C’est plus que ça ! On n’a jamais vu personne au Pays basque, je suis moi-même à Saint-Jean-de-Luz et à Pau, les responsables des Girondins sont totalement absents du paysage footballistique ici. Je vis en Nouvelle-Aquitaine, et tout ce qui concerne cette ligue, du monde amateur au professionnel, m’intéresse. Regardez un peu l’état du football de haut niveau, pour une région grande comme l’Autriche ! On en est malheureusement là.
"Les jeunes du coin qui percent jusqu'en sélection A se comptent désormais sur les doigts d’une main"
Pourtant on parle d’une région qui a toujours su sortir des joueurs de renom, notamment des internationaux...
Même si on parle d’une terre de rugby, la Nouvelle-Aquitaine donne aussi de bons petits footballeurs ! On sortait trois ou quatre joueurs par génération, des internationaux comme Sarramagna, Larios ou Laporte plus récemment. Les jeunes du coin qui percent jusqu'en sélection A se comptent désormais sur les doigts d’une main. Je me pose beaucoup de questions, sur la politique sportive de notre Ligue et de nos districts. Il y a une exception avec le Pau FC qui se débrouille bien, avec des bouts de ficelles. Ils se maintiennent dans un stade de 4 000 places, avec la section paloise à côté !
Vous n’êtes pas forcément optimiste pour l’avenir des Girondins ?
C’est difficile pour un tel club de baisser son train de vie de manière drastique, les partenaires ne sont plus les mêmes. Je suis bien triste de la situation des Girondins, même si je n’ai jamais joué dans ce club, j’ai plein de souvenirs glorieux de cette équipe qui me reviennent en tête. J’ai envie d’y croire mais ceux qui pensaient qu’en vendant ce club à un magicien, on aurait forcément plein de lapins qui sortiraient du chapeau...
Propos recueillis par Adrien Mathieu