Le Before : La panne du Gaz
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Bien acclimatés à la L1 fin décembre, les Ajacciens du Gazélec sont de nouveau en position difficile après un début d’année 2016 compliqué (18emes). Avec 4 points de retard sur le 17eme, Reims, les joueurs de Thierry Laurey n’ont plus de temps à perdre au moment de se rendre à Bordeaux samedi (20H).
La forme du Gazélec depuis le match aller
Le match aller entre le Gazélec Ajaccio et les Girondins avait marqué les esprits. En position de 19eme, le Gazélec qui venait de faire chuter l’épouvantail niçois (3-1), avait réussi coup double le 31 octobre face à Bordeaux (2-0). Alors qu’il est coutume de dire qu’il est très difficile de gagner deux fois de suite à domicile, Ajaccio avait réussi ce challenge et étonné la L1 en enchaînant deux victoires de rang à l’extérieur, réussissant une grosse série de quatre succès consécutifs. Vainqueurs de Reims, un concurrent direct qui reste aujourd’hui son principal concurrent avec Guingamp, et de Bastia sur le même score lors du derby (2-1), les joueurs de Thierry Laurey avaient frappé fort. Surtout, la géographie des performances ajacciennes laissait augurer de belles promesses sur les chances de maintien de l’équipe. S’imposer lors du derby corse, à l’extérieur, battre un adversaire pour le maintien sur ses terres, le tout après avoir fait plier assez nettement Nice et Bordeaux, plantait un décor intéressant. Après ce mois de novembre en trombe, le GFCA s’est ensuite comporté comme une équipe forte dans la lutte pour rester en L1. Notamment vainqueurs de Montpellier à la Mosson et de Lyon à Ange Casanova (0-2 et 2-1), les joueurs corses ont terminé 2016 à une belle 12eme place. Mais dans ce championnat resserré, le classement ne compte pas tant que les points, et un déficit de victoires replonge rapidement dans des eaux troubles. Accrocheurs à Monaco (2-2), les joueurs de l’île de beauté sont très bien revenus de leurs vacances, avant de concéder le nul à domicile face à Reims (2-2) et de s’incliner deux fois de rang à l’extérieur. À Rennes tout d’abord sur un but de dernière minute (1-0) puis à domicile face à Montpellier qui s’est vengé du match aller (0-4). Février n’a pas apporté non plus la victoire tant attendue, en affrontant notamment des équipes mal classées. Un 0-0 en Corse face à Guingamp, ou un nul 1-1 à Toulouse, couplés à une douloureuse défaite à domicile face à la lanterne rouge troyenne, ont asséché les réserves du Gaz (2-3) pour le replonger en 18eme position. Si le calendrier à venir offre de sérieuses oppositions à l’instar de matchs à Lyon, Bordeaux, Nice ou de réceptions de Marseille, Paris, ou Saint-Etienne, l’espoir reste permis pour une équipe que l’on croyait déjà condamnée en début de saison, et qui avait réussi à déjouer les analyses des spécialistes dans un championnat qui n’a cessé de prouver son originalité depuis la première journée.
Le point sur l’effectif
Avec un effectif qui paraissait très léger à l’orée de la saison, nombreux se demandaient comment l’équipe du Gazélec pourrait jouer un rôle dans la bagarre pour le maintien. Même si elle se trouve aujourd’hui dans une situation délicate à 10 journées de la fin (18eme avec 4 points de retard sur Reims), l’équipe corse a mis en valeur des éléments intéressants. Le gardien Clément Maury a démontré beaucoup de qualités dans les cages derrière une défense atypique avec des joueurs de devoir comme Roderic Filippi, Pablo Martinez ou des anciens rompus à la L1 tels David Ducourtioux, Kader Mangane, et l’ancien bordelais Jérémy Bréchet. Tous ces joueurs font partie des éléments importants pour Thierry Laurey. Ducourtioux et ses 25 matchs est le joueur le plus utilisé avec le milieu offensif croate Damjan Djokovic (meilleur passeur du club avec 3 passes décisives), juste devant le défenseur latéral Issiaga Sylla (23 matchs). Au milieu de terrain, les anciens lensois Jérôme Le Moigne et Alexandre Coeff sont également des éléments indispensables. Enfin, en attaque, Thierry Laurey dispose de bonnes ressources. Mohamed Larbi qui avait fait souffrir Bordeaux avec son doublé du match aller totalise 6 buts. Jacques Zoua, le puissant attaquant camerounais, a trouvé les filets à cinq reprises et Khalid Boutaïb a marqué quatre fois. Derrière ces honnêtes buteurs, se trouve également Kévin Mayi, 23 ans, formé à Saint-Etienne et auteur de 3 buts. Malgré des difficultés, l’effectif ajaccien compte des joueurs combatifs et capables d’effectuer des prestations convaincantes.
3 questions à... Baptiste Gentili (Joueur du Gazélec entre 1986 et 1992 - Entraîneur du Gazélec entre 2004 et 2007 - Entraîneur professionnel notamment passé par Nantes et le Shangaï Shenhua)
WebGirondins : Le Gazélec semblait bien parti pour se maintenir à la trêve, et se retrouve aujourd’hui en difficulté au classement avec sa 18eme place. Que s’est-il passé pour que l’équipe retombe dans ses travers ?
Baptiste Gentili : C’est difficile de répondre à cela. J’ai vu tous les matchs et je pense que le Gazélec était sur une série magnifique voire inespérée. Mais j’y vois deux choses. La première c’est que pour une équipe comme le GFCA, lorsqu’une série s’interrompt, un certain nombre de questions se bousculent dans la tête de joueurs. Ce qui a été fort, si l’on passe cet aspect mental, c’est que le Gazélec a bien réussi dans un système qui est loin d’être le plus économique physiquement. Nous étions tous étonnés positivement de les voir obtenir des résultats avec un système en losange qui demande énormément d’efforts. À partir de là, je l’avais d’ailleurs déjà signalé, nous avions une équipe ajaccienne très bien préparée physiquement, très fraîche et je pense qu’il y a eu une rupture à ce niveau là. Après, nous pouvons évoquer le fait que Thierry Laurey n’a pas le luxe d’avoir un effectif bien garni comme certains. Le niveau général de son équipe a chuté, ce qui a entraîné ces contre-performances. Le doute s’est installé mais le fait que cela commence à coincer physiquement a joué. Et cela continue comme j’ai pu le constater mercredi soir lors de leur défaite en quart de finale de Coupe de France face à Lorient (3-0). Je ne dirais pas que le GFCA était en surrégime, mais presque.
WebGirondins : Comment est l’ambiance autour du club ? Les gens croient-ils encore au maintien ?
Baptiste Gentili : Je ne suis pas trop d’accord avec la communication qu’il y a autour du club. Cette communication consiste à dire que finalement on est à notre place. Je ne suis pas d’accord dans la mesure où l’équipe a déjà montré quelque chose. Quand tu y arrives aussi longtemps, cela veut dire que potentiellement tu peux le faire. Si tu réussis plusieurs fois à franchir un mur de trois mètres et que tu n’y arrives plus, c’est qu’il y a un problème quelque part. Mais tu es capable de le franchir. Je ne suis pas aussi pessimiste que certains et je dis que la bataille n’est pas perdue. Il faudra retrouver ce qui a fonctionné avant, c’est dans le domaine du possible. Si on commence à regarder le calendrier en se disant que c’est déjà bien d’avoir réussi à rivaliser jusqu’ici… Moi je m’accrocherais en disant : « les gars, on a pu le faire avant. Pourquoi pas maintenant ? ». Même si le calendrier paraît compliqué, il ne faut pas être fataliste. Après je les connais bien, ils ne vont pas lâcher. Le championnat n’est pas fini, et il y a toujours une possibilité de se remettre dans une bonne dynamique.
WebGirondins : Comment voyez-vous ce prochain Bordeaux-Gazélec ?
Baptiste Gentili : Bordeaux nous a habitué à ses résultats en dents de scie souvent spectaculaires. Pour l’instant, de ce que j’ai vu de Bordeaux, la plupart du temps après une grosse défaite, l’équipe réagit assez vite. De l’autre côté, je pense que le Gaz, dans sa préparation, vis-à-vis du match de Coupe de France à Lorient, a tout mis pour faire quelque chose à Bordeaux. Je me dis, pourquoi pas ? Mais pour moi, Bordeaux a presque toujours relevé la tête après une grosse défaite. Ce sera compliqué pour Ajaccio car Bordeaux est potentiellement supérieur. Maintenant, compte tenue de la tâche qui attend les hommes de Thierry Laurey, il y a 10 finales de coupe à venir. Il y aura à chaque fois un match couperet à négocier. Seront-ils capables de faire un résultat à Bordeaux ? C’est assez difficile à prédire.
Par Florian RODRIGUEZ