Le SCO, la roue presque libre

15/04 - 07:00 | Par la rédaction | Il y a 11 ans

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Libérés de la lutte pour le maintien grâce à une première partie de saison en boulet de canons, les Angevins, 8emes, peuvent encore valoriser leur saison. La 5eme place n’est qu’à 5 points des hommes de Stéphane Moulin dans un championnat de L1 insensé.

La forme d’Angers depuis le match aller

Le match face à Bordeaux en décembre, à deux journées de la trêve, est peut-être le match qui a changé la face de la saison miraculeuse du SCO. Tenus en échec par les Girondins dans un match cadenassé qui n’avait pas tourné en leur faveur, une fois n’est pas coutume (1-1), les Angevins n’ont plus réussi par la suite à tenir le rythme qui leur permettait de truster les places du podium. Battus à Saint-Etienne sur un petit score avant de partir en vacances de noël (1-0), les hommes de Stéphane Moulin ont réalisé le plus dur en gagnant de nouveau au retour de la trêve des confiseurs face à des Caennais eux aussi surprenants (2-0). Alors que l’on pensait Angers reparti pour créer une surprise de taille sur le modèle de celle encore plus gigantesque réalisée par Leicester City en Angleterre, une série catastrophique entre la 21eme journée et la 30eme journée a fait plonger le club de l’Anjou. Sur cette période, et en 10 matchs de championnat, Angers a subi 7 défaites, effectué 2 nuls, et remporté un seul succès, mais de prestige, face à une équipe de Monaco insaisissable (3-0). Corrigée lourdement par ceux qu’elle avait embêté lors de la phase aller (5-1 à Paris ; 0-3 sur sa pelouse face à Lyon), l’équipe du colosse Cheikh N’Doye a également subi des défaites chez des équipes de deuxième partie de tableau comme Reims (2-1) ou à domicile, au Stade Jean Bouin, face à Montpellier (2-3). Mais depuis la fin mars et une belle victoire sur Lorient (5-1), le soleil semble revenu du côté d’Angers puisque l’équipe a été capable d’enchaîner sur une victoire à Troyes (0-1) avant de prendre un point face à une équipe du Gazélec en opération maintien lors de la dernière journée (0-0 à domicile). Avec une mentalité souvent qualifiée de courageuse, Angers ne semble pas dans l’optique de terminer son championnat en dilettante, et pourrait même revenir de sa sombre période sans trop de dommages en enchaînant quelques résultats positifs.

Le point sur l’effectif

La défense aura été le point fort angevin de cette saison 2015-2016. 3eme défense de L1 derrière le PSG et Lille, Angers a jusqu’à présent compté sur la régularité de ses deux défenseurs centraux, Romain Thomas et Ismaël Traoré (respectivement 32 et 31 matchs). Avec deux tauliers aux profils complémentaires, le SCO peut voyager. D’autant que l’aile gauche est tenue par l’ancien stéphanois Yohan Andreu, loin d’être un novice en L1. Avec 28 matchs, l’ancien joueur de l’ASSE est un élément fiable pour jouer une saison régulière en première division. Mais si la défense a peu été exposée, elle le doit aussi à un milieu batailleur en tête duquel trône le milieu défensif Thomas Mangani. L’ancien joueur de Nancy et de Monaco connaît bien l’élite, et ses 29 matchs en font un rouage essentiel du jeu angevin en compagnie de Romain Saïs. L’ancien havrais est l’élément ayant joué le plus de match au sein du milieu angevin (31 matchs). Plus que le patron de ce colossal milieu, Cheikh N’Doye, présent dans le jeu à 27 reprises. N’Doye et ses 8 buts a un peu baissé le pied dans cette deuxième partie de saison, mais reste l’élément perturbateur de beaucoup d’équipes avec son profil de récupérateur capable de se projeter avec puissance dans la surface adverse. Privé du détonnant Razak Camara parti au mercato à Derby County, le staff angevin a limité la casse offensivement grâce à des éléments réguliers comme Gilles Sunu (27 matchs, 2 buts et 1 passe décisive), Pierrick Capelle qui s’est distingué offensivement après la trêve, et surtout Billy Ketkeophomphone qui a pris les commandes de l’attaque sur la phase retour. Avec 4 buts et 6 passes décisives, Ketkeophomphone réalise une première saison honorable dans l’élite. Des statistiques intéressantes individuellement, mais plus préoccupantes d’un point de vue collectif. Avec 4 buts l’ancien joueur de Tours est le meilleur buteur d’une équipe où le deuxième attaquant de pointe, Mohamed Yattara se retrouve avec un seul but en 14 matchs joués. Des chiffres qui peuvent expliquer le déclin angevin, même si les départs forcés au mercato de Camara et Butelle ont déstabilisé un édifice solide et fragile à la fois.

3 questions à... Martial Debeaux (Journaliste Sportif pour Ouest France - Spécialiste du SCO Angers)

WebGirondins : Le SCO n'est qu'à 5 points de la 5eme place. Pourtant de l'extérieur, on a l'impression que l'équipe termine en roue libre. Est-ce le cas ?

Martial Debeaux : Il est vrai qu’en décrochant son maintien bien avant la fin, et plus tôt que prévu par rapport aux objectifs fixés par le club, les Angevins peuvent être, indirectement, amenés à se relâcher un peu. À faire un peu moins d’efforts. Mais vu les efforts consentis par le club pour monter en L1, ils ne vont rien lâcher. Dans le discours, qu’il s’agisse des joueurs ou du coach, tout le monde bannit le mot « relâchement », car ce serait gâcher une belle saison, et ils vont tout faire pour rester à cette 8eme place qui serait inespérée pour le club. C’est pour ça qu’ils vont essayer jusqu’au bout de gratter des points, en faisant ce qu’ils ont toujours fait, et qui a plutôt bien fonctionné jusque-là. Après, le match contre le Gazélec n’était pas simple, et pas uniquement à cause du SCO (terrain difficile, adversaire rugueux). En tout cas, ce n’est pas un quelconque relâchement qui est à déplorer sur ce match-là, mais plutôt une incapacité à faire la différence offensivement.

WebGirondins : Est-ce qu'il y a des choses notables qui ont changé entre la première partie de saison et la deuxième ? Certains joueurs ont-ils eu du mal à rester au niveau affiché jusqu'à la trêve ?

Martial Debeaux : Non, le SCO a gardé la même ligne directrice tout au long de la saison, et c’est ce qui, à mon sens, explique pourquoi ils se sont maintenus aussi tôt. Ceux qui ont bien démarré la saison, comme Romain Thomas, Saïss ou Traoré, n’ont pas baissé de pied, et ont affiché une sacrée régularité. On va dire que l’axe central aura été la grosse satisfaction de la saison, et c’est vraiment du très très haut niveau. Peut-être que Cheikh N’Doye est un peu moins impressionnant, dans le sens où les adversaires savent de mieux en mieux comment le prendre et limiter son influence. Et il était tellement fort en début de saison qu’il ne pouvait pas faire 38 matches comme ça sinon Angers aurait fini par jouer le titre. Certains joueurs se sont même révélés, comme Pierrick Capelle par exemple qui est vraiment entré dans le 11 à partir de janvier, et qui a montré de belles dispositions. Un joueur comme Billy Ketkeophomphone a aussi montré qu’il pouvait tenir la route sur la distance, tout en découvrant la Ligue 1. En termes de déception, c’est dur de faire ressortir quelqu’un. Peut-être pouvons-nous dire que Saïd Benrahma, qui est arrivé avec une belle réputation, n’a rien montré à chaque fois que Stéphane Moulin a fait appel à lui.

WebGirondins : Comment voyez-vous ce prochain Bordeaux-Angers ?

Martial Debeaux : Je le vois comme un match ouvert, avec une équipe bordelaise qui n’est pas très bien, mais qui évoluera à domicile et qui aura forcément envie de bien faire. En face, le SCO sera libéré, mais pas en vacances non plus, et va essayer de mettre un gros impact dans les duels et tenter d’aller embêter la défense girondine. Tout en étant assez solides, ce qui est leur véritable marque de fabrique cette année, avec les coups de pied arrêtés. Je le vois aussi comme un bon indicateur de la saison du SCO qui, finalement, se retrouve devant un monument du foot français comme Bordeaux alors que nous sommes à la 34e journée. Personne n’aurait parié là-dessus, pas même au club. Ça illustre bien le travail qu’ils ont pu faire cette année.

Par Florian RODRIGUEZ

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