Reims cherche ses bulles

26/02 - 07:00 | Par la rédaction | Il y a 11 ans

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Durs à jouer et efficaces en début de saison, les Rémois semblaient partis sur le même rythme qu’Angers ou Caen dans le groupe des surprises de haut de tableau. Mais l’édifice d’Olivier Guégan s’est écroulé comme un château de cartes. Et Reims rejoue le maintien avec le couteau sous la gorge avant de recevoir Bordeaux.

La forme de Reims depuis le match aller

Le 9 août 2015, pour la première journée du championnat, Reims avait plombé les débuts girondins. Vainqueurs après avoir concédé l’ouverture du score (1-2), les Rémois avaient lancé un mois d’août placé sous le signe du combat. Extrêmement déterminés et compacts, les joueurs du Stade de Reims avaient également tenu en échec le PSG au stade Auguste Delaune en septembre (1-1) après avoir battu Marseille lors de la 2eme journée (1-0) ou avoir corrigé Lorient (4-1, le 29 août). La belle aventure semblait être en passe de continuer à la fin du mois de septembre avec une victoire propre et sans bavure sur Lille (1-0). Mais à partir du mois d’octobre, les joueurs peut-être en sur-régime, ont totalement craqué. Un mois d’octobre maudit où l’équipe d’Olivier Guegan a subi cinq défaites en cinq matchs, avec une défaite face à Dijon en Coupe de la Ligue pour appuyer le désastre. Novembre et son seul point sur neuf possibles n’a pas arrangé les affaires du club du président Jean-Pierre Caillot. La fin d’année, avec des prestations plus solides, a semblé redonner un peu d’espoir (victoire à Guingamp, nul face à Nice), mais une défaite nette à Bastia (2-0) avant de partir fêter noël a remis un coup de massue sur les têtes rémoises. Et 2016 est très mal reparti avec une humiliation face à Chambly dès la reprise en Coupe de France (4-1) et une déroute face au concurrent toulousain (1-3). Depuis, l’hémorragie est stoppée, mais Reims joue sur un rythme typique de la Ligue 1. Capable de battre Angers à la maison (2-1) et d’enchaîner sur le terrain de Caen (0-2), le Stade de Reims a aussi rechuté face à Bastia à Delaune (0-1), avant de prendre la traditionnelle mais anecdotique fessée réservée par le PSG au Parc des Princes lors de la dernière journée (4-1). C’est un point d’interrogation symbolique que l’on pourrait inscrire sur le match face à Bordeaux. Mais un point d’interrogation angoissant pour les supporters rémois car le temps presse. Reims ne compte qu’un seul point d’avance sur le Gazélec, premier relégable (29 points).

Le point sur l’effectif

Le poste de gardien de but, le premier exposé dans une équipe de football, est très fragile du côté de Reims. Ni Johny Placide ni Kossi Agassa ne sont titulaires. Johann Carrasso, recruté à Metz cet hiver, était censé jouer le troisième gardien. Mais les problèmes de portiers pourraient lui promettre le statut de titulaire en cas de bonnes performances, après avoir notamment gardé les buts rémois à Paris samedi dernier (4-1). En défense centrale, personne ne tire non plus son épingle du jeu. Aïssa Mandi est le titulaire indiscutable, mais semble moins à l’aise qu’à son poste de formation, latéral droit. Ni Mohamed Fofana, ni Mickaël Tacalfred ni Anthony Weber ne font l’unanimité, et le club a recruté cet hiver Abdelhamid El Kaoutari qui cirait le banc de Palerme en Italie après avoir quitté Montpellier l’été dernier pour régler ces problèmes, mais les débuts sont poussifs. Sur les ailes de cette défense qui se cherche, Franck Signorino enchaîne les matchs à 34 ans. Joueur le plus utilisé de l’effectif avec 25 matchs, l’ancien messin est le symbole de la grinta demandée par Olivier Guegan. Son collègue du flanc droit, Amari Traoré, a fait preuve d’une énergie débordante en début de saison mais s’est éteint petit à petit. Le milieu s’est lui aussi mis en veilleuse avec des joueurs majeurs comme Antoine Devaux ou Prince Oniangué qui ne pèsent plus comme avant sur les actions de leur équipe. Orphelins de Krychowiak depuis la saison dernière, les milieux du triangle rémois n’ont pas trouvé la solution idéale avec Jaba Kankava arrivé de Dniepopetrovsk, dernier finaliste de l’Europe League. Et comme les milieux offensifs de percussion que sont Diego Rigonato et Odaïr Fortes sont loin d’un niveau satisfaisant pour tirer l’équipe vers le haut, Reims connaît quelques difficultés offensives. En attaque, seul Nicolas De Préville semble tirer son épingle du jeu avec 6 buts en L1 et des apparitions remarquées dans le jeu. Un peu seul puisque ni Gaëtan Charbonnier (2 buts) ni David N’Gog (3 buts) ne parviennent à s’imposer, De Préville a vu Lass Bangoura et Thievy Bifouma débarquer de Liga espagnole pour l’épauler. Le premier nommé prêté par le Rayo Vallecano n’a pas encore marqué, tandis que le second a inscrit un but en cinq apparitions. Dans les conditions d’un maintien à aller chercher, les Rémois nourriront certainement beaucoup d’espoirs dans ces éléments venus de l’extérieur, car le temps presse pour s’écarter d’une lutte pour ne pas descendre qui pourrait s’avérer tranchante au printemps.

3 questions à... Timothé Crépin (Journaliste pour France Football - Consultant pour France Bleu Champagne dans l’émission « 100% Stade de Reims »)

WebGirondins : En début de saison, Reims était une équipe poil à gratter du championnat. Six mois plus tard, l’équipe est en danger (17eme avec un point d’avance sur le Gazélec, 18eme). Que s’est-il passé pour que le collectif rémois se délite de la sorte ?

Timothé Crépin : C’est vrai qu’en début de championnat, Reims embêtait du monde. Il y avait de l’intensité dans le jeu, de la solidarité entre les joueurs. La défense était enfin de retour à Delaune. Olivier Guegan avait trouvé une bonne formule en défense et les résultats suivaient. Reims est même monté sur le podium en début de saison. Et ensuite, tout s’est écroulé. Je cherche encore les raisons exactes de cette déroute. Je me demande si les organismes n’ont pas trop donné lors des trois premiers mois de compétition. À la fois physiquement, et aussi dans le jeu, tout a disparu. On a cru que l’équipe était retournée à l’époque de Jean-Luc Vasseur. Des joueurs majeurs du début de saison comme Amary Traoré se sont écroulés. Les gardiens ont aussi posé problème. Agassa et Placide ne se sont pas départagés pour la place de titulaire. Sans gardien fixe, c’est compliqué d’avoir de bons résultats. Toute la colonne vertébrale est déficiente. Mandi n’est plus en forme depuis un an et demi, Oniangué n’est plus que l’ombre de lui-même. Et puis en attaque, il y a toujours des problèmes au Stade de Reims. Au début les jeunes avaient fait bonne impression. Kyei avait les épaules mais il s’est blessé. Il y a eu aussi l’épisode N’Gog qui avait disparu deux-trois jours à Paris car il n’était pas bien dans sa tête, et depuis ce moment, il n’y est plus. Tout s’est effondré d’un coup, avec l’entraineur en position centrale. Son discours de guerrier marchait au début, lorsqu’il est arrivé en fin de saison dernière pour l’opération maintien. On se demandait s’il avait un second souffle technique et tactique. Petit à petit, sa position a été remise en cause et il se disait qu’il aurait pu être démis de ses fonctions récemment s’il n’avait pas fait les points qu’on attendait de lui. Il a pris ces points-là et va finir la saison. C’est en tous cas frustrant pour Reims qui pensait faire mieux avec un effectif qui est finalement assez juste.

WebGirondins : L’effectif rémois mérite-t-il mieux que cette place délicate de 17eme ?

Timothé Crépin : Je pense que vis-à-vis de son effectif, Reims est à sa place. Le club a eu les yeux plus gros que le ventre en début de saison. Cet été, j’avais eu Frédéric Bulot pour une interview lors de son arrivée. Il m’avait dit qu’ils pensaient pouvoir jouer le top 10 de L1. Je pense qu’on a du lui vendre ce projet lorsqu’il a signé à Reims. Tout ça est vite retombé comme un soufflet. Après, la blessure de Mandi, même s’il n’est pas au mieux, a fait mal entre septembre et novembre. Bulot, de son côté, est absent depuis deux mois. Les jeunes auraient pu prendre le relai, mais Siebatcheu, par exemple, n’arrive pas à progresser lorsqu’il démarre titulaire. Et les cadres ne sont pas à la hauteur pour le moment. Devaux n’arrive plus à être régulier, Charbonnier a évolué quelques temps en réserve et les gardiens ne sont pas stables. Ce mélange, accompagné de recrues estivales un peu décevantes, plaide pour la thèse d’un effectif un peu faible. Par exemple, on avait vu Kankava comme un super coup. C’était vrai car un finaliste européen venu de Dniepopetrovsk ce n’était pas rien. Mais il n’a pas assez pesé dans l’entre-jeu, même si on voit du mieux ces dernières semaines. On retrouve une défense peu rassurante, un milieu laborieux, une attaque qui marque peu et un entraîneur inexpérimenté pour diriger le tout.

WebGirondins : Comment voyez-vous ce prochain Reims-Bordeaux ?

Timothé Crépin : Par rapport aux problèmes extra-sportifs du club, je trouve ce Bordeaux plutôt intéressant sur le terrain. Je pense notamment au match produit par les Girondins à Guingamp. Je vais surtout surveiller le combat entre la défense rémoise et l’attaque bordelaise. Si Diabaté joue, Reims aura un joueur vraiment gênant à gérer. Quand il veut, Diabaté est très difficile à contrer. Je vois bien un 1-1, pas plus, ou une victoire rémoise,. Je pense que Reims va essayer de jouer. Je les sens plus en confiance avec la défense à cinq organisée récemment par Olivier Guegan. Il y a eu de bons matchs dernièrement face à Angers ou Caen. Ça reste fragile malgré tout. Les joueurs vont vouloir prendre la possession et prouver à leurs supporters qu’ils peuvent regagner à domicile. Il y a un public à reconquérir. Le club a fait une campagne de pub cette semaine sur les taxis rémois où il incite à aller au stade. « Peut-on supporter le stade sans y mettre les pieds ? » est le slogan de cette campagne. Reims sera attendu et voudra montrer quelque chose à ses supporters. Je vois un match accroché comme à l’aller. Certainement un petit nul avec des buts.

Par Florian RODRIGUEZ

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