Toulouse, la peine Capitole

11/03 - 07:00 | Par la rédaction | Il y a 11 ans

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Embourbés dans une saison galère, les Toulousains s’acheminent lentement mais sûrement vers la L2. Avec 9 points de retard sur Reims, premier relégable, seul un enchaînement de victoires pourrait changer le triste sort de cet historique pensionnaire de L1.

La forme de Toulouse depuis le match aller

Depuis le match aller à Bordeaux, le parcours toulousain ressemble à un long chemin de croix. Auteurs d’un bon nul sur la pelouse du Matmut Atlantique en septembre (1-1), les Toulousains ont ensuite enchaîné la bagatelle de 8 matchs sans victoire en championnat. La réception de Nice le 28 novembre, et une victoire 2-0, venait clôturer un passage douloureux qui mettait à jour l’incapacité de gagner des Toulousains. Battus à cinq reprises, et quatre fois tenus en échec (en comptant le match à Bordeaux), les joueurs de Dominique Arribagé ont passé une période accablante et presque insurmontable. Battus sèchement à Bastia (3-0) et nettement à Guingamp (2-0), les joueurs toulousains ont ensuite connu une accalmie au mois de décembre. Vainqueur de Troyes à l’extérieur (0-3), et auteur d’un bon nul à Nantes (1-1) et d’un partage des points avec Lille au Stadium (1-1), Toulouse a terminé l’année correctement, à peine égratigné par une défaite à domicile face à Lorient (2-3). La reprise de janvier semblait signer la fin définitive de l’hémorragie grâce à une belle victoire sur le terrain du concurrent rémois (1-3) qui a relancé remarquablement la machine violette après les fêtes. Mais quatre défaites consécutives sont ensuite venues gâcher ce retour en confortant Toulouse à sa 19eme place. Au delà du classement, c’est l’absence de points qui a petit à petit creusé la fosse dans laquelle les Toulousains sont actuellement empêtrés. Depuis cette série de quatre revers de rang le TFC alterne entre défaite et match nul. Cinq matchs, trois nuls et deux défaites, tel est le récent bilan toulousain. Seule lueur au tableau, le dernier match de championnat du club du président Sadran s’est soldé par un bon nul à Marseille (1-1) pour le premier match depuis l’arrivée de Pascal Dupraz en remplacement de Dominique Arribagé (absent de ce déplacement pour raison de santé).

Le point sur l’effectif

Avec l’arrivée de Pascal Dupraz aux manettes du club, Toulouse a connu son deuxième changement d’entraîneur en un an. Bonjour Pascal Dupraz et exit Dominique Arribagé qui avait maintenu le club la saison dernière après la mise à l’écart d’Alain Casanova. Qui étaient les hommes majeurs d’Arribagé ? Un adolescent d’à peine 17 ans dans les cages, Alban Lafont, devenu titulaire devant Mauro Goicoechea. La gestion des gardiens, une des clefs pour comprendre le désastre toulousain. Depuis trois saisons, aucun gardien n’a gagné la confiance de Casanova puis Arribagé sur le long terme. Ali Ahamada qui a quitté le club est longtemps passé du statut de paria à celui de héros (en alternance), et Zacharie Boucher, aujourd’hui à Auxerre, s’est cassé le dents sur le système toulousain. Difficile dans ces conditions de stabiliser une défense où aucun joueur, individuellement, n’a l’étoffe d’un patron. Seuls deux éléments, les latéraux Jean-Daniel Akpa-Akpro, meilleur passeur du club (4 passes), et Marcel Tisserand dépassent les 20 matchs disputés cette saison (respectivement 28 et 24 matchs). En défense centrale, ni Uros Spajic ni Jean-Armel Kana-Biyik, censés imposer leurs statures à leurs adversaires, n’ont multiplié les matchs (14 et 15 matchs). L’absence de continuité pose aussi problème au milieu de terrain avec l’absence d’un patron tel Etienne Didot qui n’a disputé que 14 matchs cette saison. Là encore, dans l’axe du terrain, seul Oscar Trejo et ses 28 matchs fait figure de taulier, aux côté d’Adrien Regattin dans un rôle plus offensif mais peu productif (24 matchs - 1 but - 1 passe décisive). Au coeur de ce milieu de terrain sans ligne directrice, apparaissent le Brésilien Somalia et ses 24 matchs (avec 2 passes décisives), les jeunes Alexis Blin et Yann Bodiger ainsi que Tongo Doumbia qui n’a pas donné sa pleine mesure cette saison. Avec une défense peu stabilisée et un milieu en manque de patrons, l’attaque aurait pu compenser en partie le déséquilibre. C’est ce qu’ont tenté de faire Wissam Ben Yedder et Martin Braithwaite. Ben Yedder et ses 10 buts et Braithwaite auteur de 7 réalisations sont à la hauteur de leur travail d’attaquant, et affichent des statistiques hautes pour des buteurs titulaires du 19eme de L1. Mais le rendement des attaquants, dans une équipe en déséquilibre, n’a pas permis d’obtenir une place hors de la zone rouge. Il reste neuf rencontres à Pascal Dupraz pour relancer et organiser différemment un effectif loin d’avoir l’allure d’un relégable mais en totale perdition.

3 questions à... Arnaud Souque (Journaliste chez RMC et BFMTV - Ancien commentateur radio des matchs du Toulouse Football Club).

WebGirondins : Quel est votre sentiment sur le remplacement de Dominique Arribagé par Pascal Dupraz ?

Arnaud Souque : Dominique Arribagé est sans doute un homme vraiment ancré dans le club, mais il manquait un peu de charisme. Beaucoup avaient du mal à le considérer comme un vrai entraineur. Il était capable de mener l'opération commando sur quelques matchs l'an passé, mais pas de diriger une équipe sur toute une saison. Précisément tout l'inverse de Dupraz, un vrai technicien, qui risque de peiner à sauver le club de la relégation, faute de temps, mais qui à n'en pas douter sera capable de reconstruire pour gagner, une fois qu'il aura toutes les clés du navire. Il va mettre des bases saines, faire avec ce qui fait l’essence du TFC : les jeunes du centre de formation. Le même schéma qui avait permis au TFC de revenir de l'enfer au début des années 2000. J'ai assez confiance.

WebGirondins : L’effectif toulousain semble avoir un autre potentiel que celui de 19eme de L1. Selon-vous, pourquoi le club en est arrivé là ?

Arnaud Souque : Quand toute une saison on s'entête à sanctionner son meilleur élément, en l'occurence Wissam Ben Yedder, on se plante une épine dans le pied. Le faire sortir juste après son but contre Rennes n’était pas pertinent. C’est lui qui peut sauver Toulouse, on le sort, derrière on encaisse deux buts et on perd nos derniers espoirs. De manière plus générale, Toulouse paye à mon avis des recrutements improbables depuis plusieurs années. On a une super formation et on va chercher des joueurs étrangers. A la limite, d’accord. Mais dans ce cas pourquoi prendre des joueurs serbes à tours de bras ? Ils ne sont pas dans la culture du club. Comment les supporters peuvent s’identifier ? Ce club, c’est l’emblème foot de toute une région, avec ses populations espagnoles, argentines, maghrébines, ce sont des gens comme ça qu’il faut. On peut les avoir et attirer du monde au stade derrière, et c'est forcément mieux pour l'équipe. En lieu et place, il y a des joueurs serbes qui n’intéressent personne, et qui eux-mêmes se fichent de l'avenir du club. Résultat, Toulouse ne peut que tomber.

WebGirondins : Comment voyez-vous ce prochain Toulouse-Bordeaux ?

Arnaud Souque : Comme le match de l'ultime chance. Ca me parait déjà impossible de se sauver. Mais s'il y 0,5% de chance que ça arrive, ça passe forcément par une victoire. Bordeaux n'étant pas au mieux, je veux bien y croire : 2-1 pour le TFC !

Par Florian RODRIGUEZ

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