Entretien. Xavier Gravelaine (Avranches) : "La Ligue 3 est un passage obligatoire"
© Iconsport
Xavier Gravelaine : "Accrocher la montée, tout le monde en rêve"
WebGirondins Le Talk : Comment jugez-vous la saison de votre équipe ?
Xavier Gravelaine : Je vais arriver au terme de ma quatrième saison en tant que directeur sportif d'Avranches. Nous avons bien réussi notre début de saison. Le beau parcours que nous avons réalisé en Coupe de France (16e de finale contre Strasbourg) nous a un peu coupé les pattes, et la reprise n'a pas été bonne. On a ensuite vécu un trou de quasiment deux mois qui nous a fait basculer en dehors du top 5. Ça reste donc une déception. C'est une saison qui ressemble aux années précédentes.
Votre projet d'accrocher la montée est sur trois ans, n'est-ce pas ?
Accrocher la montée, tout le monde en rêve. Mais chaque année, c'est de plus en plus difficile. En revanche, on reste un club qui dispose de conditions extraordinaires, notamment avec notre camp d'entraînement. Il faut que les joueurs comprennent que la N2 de maintenant, c'est une ancienne N1. Le passage à la Ligue 3 va faire du bien au niveau du foot professionnel. On voit bien que le niveau s'est élevé.
"On s'entraîne comme des pros"
Comment expliquez-vous que votre équipe s'est liquéfiée au fur et à mesure de la saison ?
Ce sont tous les méandres du football. J'ai eu la chance de pouvoir recruter deux joueurs en décembre (Kenny Herbin et Noah Françoise). Mais il y a eu un manque de résultats et d'envie. Cédric Hengbart (entraîneur d'Avranches) l'a dit et je suis en accord avec ses propos : nous sommes passés à côté d'équipes qui sont théoriquement inférieures, comme Locminé ou Dinan-Léhon. Ce qui n'est pas normal, puisqu'on s'entraîne comme des professionnels.
Le match face aux Girondins de Bordeaux est-il complexe à préparer du fait qu'il n'y a plus d'enjeu pour votre équipe ?
Les joueurs entameront ce match à fond, le seul problème, c'est l'entraînement de la semaine. Sur les deux dernières rencontres, on a fait deux nuls, ce dernier rendez-vous de la saison sera donc forcément festif. Ce sera à nous d'être à la hauteur. Nous sommes là pour réaliser un bon match et dire au revoir à notre public. On vise la septième ou sixième place, c'est toujours intéressant de finir le plus haut possible.
"La Ligue 3 va réguler certaines choses"
Quel œil portez-vous sur la Ligue 3 ?
Tout d'abord, ce championnat va réguler certaines choses. Il y a trois ou quatre ans, il y avait un énorme décalage entre les clubs professionnels et les clubs amateurs. De plus, des clubs amateurs, comme nous, payaient davantage de charges sur les salaires que les professionnels. J'ai toujours émis l'idée d'une Ligue 3 comme en Angleterre où j'ai eu la chance de jouer. C'était un passage obligé. Avec les droits TV français qui sont en chute libre, ça peut devenir intéressant et mettre en lumière ce championnat.
Pour vous ou pour d'autres clubs, préparer une montée en Ligue 3 est-il envisagé différemment, puisque le championnat devient professionnel ?
La licence club nous impose de plus en plus de restrictions, et, pour les petits, ça devient compliqué. Si Avranches monte en Ligue 3, il est évident qu'on devra rehausser notre budget de 1,6 million d'euros à au moins 3 millions d'euros. Par exemple, Saint-Brieuc est monté l'année dernière, le club disposait d'un peu plus de budget que nous, et bien cette saison, ils sont descendus. C'est une question d'économie. Il est évident que chaque année, le budget requis est plus conséquent. Pour nous, ce serait plus un problème de stade (environ 2600 places). C'est un équilibre à trouver, mais cette Ligue 3 reste une bonne idée.
"Garder des jeunes en amateur, c'est une lutte difficile"
Quel est votre rôle en tant que directeur sportif ?
Je suis également coordinateur sportif avec les catégories jeunes. Cette année, j'ai la chance d'avoir un entraîneur qui connaît bien le monde amateur. Il me soulage énormément puisque les saisons précédentes, depuis le décès de Gilbert Guérin (président d'Avranches), j'étais quasiment seul dans le sportif. Avec Cédric Hengbart, on essaye de garder une bonne relation et de sortir des jeunes joueurs. Et ce dernier point est mon objectif principal. Car ils n'ont peut-être pas le niveau pour l'instant. On en a testé 6-7. On se fait également piquer des joueurs par d'autres clubs, puisqu'ils ces joueurs restent des amateurs. C'est donc une lutte difficile. À l'inverse du niveau professionnel, on ne peut pas verrouiller un jeune et assurer un projet sur le long terme avec lui.
En Ligue 3, sera-t-il possible de signer des contrats de non-sollicitation à des joueurs afin de les garder au club le plus longtemps possible ?
Je suppose qu'en Ligue 3, ces contrats deviendront professionnels. Chez nous, ce sont des contrats fédéraux, qui sont l'équivalent des contrats professionnels qui sont en vigueur en Ligue 2 ou Ligue 1. Le seul souci, c'est qu'en professionnel, on peut faire signer les joueurs 2 ou 3 ans, tandis qu'en fédéraux, si on parvient à les faire rester un an ou deux, c'est miraculeux. Ce qui signifie que chaque année, nous n'avons pas le droit à l'erreur. C'est pour cela que nous repartons sur nouveau groupe, que nous allons essayer de garder pendant deux ans, avec des joueurs habitués à la N2. Pour des clubs comme le nôtre, il vaut mieux recruter des profils qui sont rodés dans le championnat.
Votre milieu offensif, Zourab Sopromadze, est un bon profil pour un club de Ligue 3 ?
Je suis allé chercher Zourab à Saumur, et je lui avais fait signer un contrat fédéral de deux ans. Je le connaissais déjà, puisqu'il était à Caen, lorsque je travaillais là-bas de 2014 à 2018. Il avait du caractère et de l'ambition. Il est parti jouer dans les divisions inférieures pour remonter petit à petit. Il a réalisé une très bonne première saison, mais cette année, c'était un peu décevant. Il pourrait jouer en Ligue 3. La Ligue 2 ne serait pas inaccessible pour lui, mais il doit se canaliser. Il est en fin de contrat, et il ne resignera pas chez nous.
"Ça m'aurait intéressé de jouer pour les Girondins"
Pourquoi n'avez-vous jamais joué pour les Girondins de Bordeaux lorsque vous étiez joueur ?
Après ma saison 1992-93 avec Caen, j'ai signé au PSG, mais ça ne s'est pas bien passé. Alors j'ai été sollicité par Bordeaux et Marseille, et je voulais partir. On m'a cependant obligé à rester, avec tout le respect, puisqu'on a fini champions de France. C'est la seule fois où j'ai été sollicité par Bordeaux. Ça m'aurait intéressé de jouer pour les Girondins. Mais le PSG avait fermé la porte.
Pouvez-vous nous raconter le coup de poing sur Jean-Pierre Papin lors d'un Bordeaux-Marseille (22 février 1997) ?
C'était une période compliquée à l'OM. Il y a eu du chambrage de la part de JPP. Il s'est excusé le lendemain à la télévision. D'ailleurs, Rolland Courbis allait devenir mon entraîneur quelques semaines plus tard. Mais l'affaire est close, JPP avait tendance à souvent chambrer et, en vue du contexte, ça a dégénéré. Il a d'ailleurs eu l'honnêteté d'envoyer un courrier à la Ligue afin de préciser qu'il avait eu des propos inappropriés. Ça ne change rien, mais lorsque vous prenez une volée (défaite 4-0 de l'OM), il arrive qu'on craque un peu. Mais il n'y a aucun problème avec Jean-Pierre, on se parle souvent au téléphone.
À lire: Girondins : l’heure de vérité face à Avranches, La Roche sous pression à Locminé
Notre podcast court que l'actu des Girondins :