"Rolland Courbis, c’était un pote, un copain” : Laurent Croci se souvient de l'entraîneur à Bordeaux

14/01 - 14:15 | Par la rédaction | Il y a 2 heures
Dans le Talk de WebGirondins, Laurent Croci, ancien défenseur des Girondins de Bordeaux de 1992 à 1996, est revenu sur la disparition de Rolland Courbis. Il a côtoyé le tacticien français chez les Marine et Blanc comme titulaire de 1992 à 1994, puis comme remplaçant lors de son retour en 1996. Un long et riche entretien fournit de multiples anecdotes qui ont fait le personnage de Rolland Courbis que l’on connaît si bien aujourd’hui.
"Rolland Courbis, c’était un pote, un copain” : Laurent Croci se souvient de l'entraîneur à Bordeaux

© Iconsport

Rolland Courbis, un entraîneur à part dans l’histoire des Girondins de Bordeaux

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"Ses causeries d’avant-match, c'était folklorique"

WebGirondins Le Talk : Vous êtes arrivé en 1992 aux Girondins de Bordeaux, en même temps que Rolland Courbis. Comment avez-vous accueilli cette triste nouvelle ?

Laurent Croci : Une grande émotion. J’étais très attaché à Rolland, c'est lui qui m’a fait venir à Bordeaux, et je l’ai connu sous différentes facettes : à 13 ans, quand il était encore joueur à Sochaux, j’étais son ramasseur de balle, après j’étais son joueur à Bordeaux, puis j’ai travaillé à Al-Wahda aux Émirats quand il est parti entraîné là-bas. Donc oui, c’est une vive émotion, c’était assez brutal.

Je crois que chacun de nous, supporters, joueurs, avons toujours eu une histoire avec Rolland. La mienne, c’est que j’étais en fin de contrat à Sochaux et je devais signer au Racing Club de Strasbourg. La veille de la signature, il m’a appelé pour me dire qu’il signerait dans les jours prochains à Bordeaux et m’a dit “Ne signe pas à Strasbourg”. Je voyais les jours défiler, je ne le voyais pas signer, je me suis dit “Dans quoi il m’a mis ?”. Mais en fin de compte, il est venu trois semaines après la reprise de l'entraînement.

Quel était l’impact de Rolland Courbis sur le groupe ? Était-il un coach différent des autres ?

Oui, on peut le dire, car il arrivait à vous analyser individuellement. Il était très affectif avec moi, car je quittais le cocon familial à 26 ans, alors que j’avais toujours mes proches autour de moi, il y a prêté attention pour que mon adaptation soit très facile. On ne lui imposait pas de joueurs, donc il avait cette faculté à vraiment gratter auprès d’eux, savoir ce qui n’allait pas. Sa grande force, c’était de nous mettre en confiance, par ses mots, son attitude envers nous individuellement. Ses causeries d’avant-match, c'était folklorique. Il prenait les joueurs un par un, les démontait. Quand on a joué à Karlsruhe en Coupe UEFA, il nous avait quand même dit : “Si ça se trouve en face, il y a le grand-père de tel joueur qui a tiré sur votre grand-père durant la Seconde Guerre mondiale.” C’était vraiment un personnage.

"Rolland était au fond du bus avec nous"

On le voit dans les médias, mais était-il comme ça avec vous au quotidien, dans le vestiaire ?

Complètement. Moi, j’avais l’habitude de la rigueur sochalienne avec ma formation. Rolland, quand on se déplaçait de l’hôtel au stade, il venait avec nous au fond du bus, nous racontait des anecdotes de joueur, d'entraîneur quand il était à Toulon. Une fois, il a fait une coupure d’électricité à Toulon, parce qu’ils étaient en compétition avec un autre club pour se sauver, pour que le match d’avant termine plus tôt afin qu’il adapte sa tactique par rapport au résultat.

Au-delà des anecdotes, c’est un coach qui nous a amené une culture tactique. On savait ce qu’on devait faire sur le terrain, mais il nous a économisé physiquement par sa rigueur tactique. Une fois, contre le PSG, il a dit “Je vais mettre un petit vif pour déstabiliser Kombouaré et Riccardo” et il a mis Lizarazu avant-centre.

"Son analyse footballistique, c’était de l’art"

C’était plus qu’un entraîneur pour vous ?

Oui, c’était un pote, c’était un copain. C’est le seul entraîneur que j’ai tutoyé et que j’ai appelé par son prénom. La première fois que je l’ai eu au téléphone, j’ai dit “Oui, monsieur”, et je m’étais fait engueuler alors que je n’avais pas fait un entraînement. Il était très protecteur. Parfois, pour te mettre au repos, il te mettait remplaçant, et il te disait “Même si on gagne 5, 6-0, le match d’après, tu es titulaire”. Ce côté remplaçant ne vient pas comme une sanction, et il avait ces paroles-là et il les tenait. Il a marqué notre génération, une nouvelle génération de journalistes aussi. Son analyse footballistique, c’était de l’art.

Est-ce que vous avez vu l’évolution et le lien entre Rolland Courbis et Zinédine Zidane ?

Faire évoluer Zidane techniquement : impossible. Même nous, on se disait “Il fait des trucs avec ses pieds, on n’arrive même pas à les faire avec nos mains”. Mais oui, il l’a fait progresser physiquement, mais surtout, il l’a protégé physiquement. Souvent,

il ne débutait pas les matchs, et il disait régulièrement qu’il y avait une équipe qui débutait, et une équipe qui terminait : “Vous, vous commencez, vous faites le sale boulot, et après, Zizou fait la différence”. Bien sûr qu’on bossait pour qu’il fasse la différence, mais à Bordeaux, son évolution physique a été un début, puis il a pris une ampleur physique quand il est parti en Italie. Ce qu’il l’a sauvé à Bordeaux, c’est d’avoir Rolland, car n’importe quel entraîneur, même moi quand je l’étais, quand tu as Zizou, tu te dis que, même s’il a une gêne quelque part, il va te faire gagner le match.

Est-ce qu’il manque une part de réussite à Rolland Courbis dans sa carrière ? Beaucoup de finales, de qualifications européennes, il a sauvé des clubs de la relégation : je trouve que le palmarès est ce qui manque à sa reconnaissance.

C’est le Raymond Poulidor du foot : tout le monde l’aimait, il avait des moments magiques et il butait au dernier moment. Il y a le côté joueur/voyou qui a fait hésiter certains présidents de club, comme Afflelou, qui avait demandé l’autorisation au maire Jacques Chaban-Delmas pour le faire venir. Au départ, quand il a commencé sa carrière, c’est ce qu’il a fait à Bordeaux qui l’a mis en lumière. Quand vous prenez un entraîneur pour représenter votre club, votre ville, c’était Rolland Courbis.

Avez-vous regretté son départ des Girondins de Bordeaux à la fin de la saison 1993-1994 ?

Forcément, oui. J’étais un de ses joueurs de confiance, il m’a fait venir à Bordeaux. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, et le travail qu’il a effectué sur ses deux premières années, on a eu les fruits des résultats après son départ. C’est dommage que Rolland n'ait pas contribué aux résultats des Girondins les années suivantes.


Courbis à Bordeaux

Lors de ses deux passages chez les Girondins, Rolland Courbis a laissé une empreinte indélébile dans le cœur des supporters, avec trois quatrièmes places en D1. Avec 136 matchs sur le banc bordelais, sa passion du jeu, sa sympathie et, bien sûr, son franc parler resteront dans la mémoire, eux qui aura notamment lancé Zidane, Lizarazu et Dugarry, mais aussi Johan Micoud ou encore Peter Luccin.

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