Girondins : David Gluzman "sceptique" sur l'intérêt de Sparta Capital pour Bordeaux

19/05 - 16:45 | Par la rédaction | Il y a 1 heure
Le spécialiste des financements structurés David Gluzman analyse le projet de reprise des Girondins de Bordeaux par Sparta Capital Management. Il se montre très sceptique sur le profil de Franck Tuil, la capacité financière du fonds et la place que conserverait Gérard Lopez dans le capital. Explications.
Girondins : David Gluzman "sceptique" sur l'intérêt de Sparta Capital pour Bordeaux

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David Gluzman s’interroge sur la faisabilité du projet

Selon les informations relayées par Sud-Ouest, Franck Tuil et son fonds d'investissement Sparta Capital Management négocient pour devenir actionnaires majoritaires des Girondins de Bordeaux.

David Gluzman, banquier et spécialiste des financements structurés, nous livre son analyse en quatre points avec les informations disponibles à date. Cet entretien s'est déroule dans le Talk sur WebGirondins.

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Vidéo de David Gluzman sur la chaîne YouTube de WebGirondins

Le profil de Franck Tuil et Sparta capital Management : pas compatible avec le football ?

"Franck Tuil est ce qu'on appelle "un activiste". C’est-à-dire un gérant d'un fonds d'investissement qui prend des participations essentiellement minoritaires (5 à 10%), et qui essaie d'influer sur la gestion d'une entreprise. Il procède en virant le board, en poussant pour vendre les activités non rentables, ou en coupant les coûts. Son objectif est de grimper au capital jusqu'à faire partie des dix plus gros investisseurs.

Par exemple, Franck Tuil a investi dans Doc Martens (marque de chaussures), et il a tenté d'influer sur la gestion de profitabilité, car il estime que quand il rentre dans une entreprise, cette dernière est sous-évaluée ou sous-performante.

Cela pose un problème. Dans le cas des Girondins de Bordeaux, il arriverait en tant que majoritaire, mais il n'aurait pas d'influence opérationnelle sur la gestion, puisqu'on peut supposer qu'elle resterait aux mains de Gérard Lopez et de son équipe. De par son pays d'investissement (Angleterre), l'homme d'affaires se focalise habituellement sur l'investissement côté au Royaume-Uni.

De plus, sa participation serait majoritaire alors qu'il se concentre davantage sur la participation minoritaire. En outre, son secteur d'activité pose question, car ce fonds n'a jamais été impliqué dans le secteur sportif, tout cela me laisse assez sceptique."

Sparta Capital Management a-t-il assez de liquidité pour subvenir aux besoins des Girondins ?

"Le fonds aurait 550 millions de dollars d'actif sous management, c’est-à-dire que Sparta Capital ne dispose pas de cette somme en cash. Ce montant correspond donc à la valeur des actifs dans lesquels ils ont investi. Ils peuvent tout de même investir ces 550 millions de dollars. Dans un projet aussi demandeur d'argent que les Girondins de Bordeaux, on avait évoqué que, pour arriver à une détention du stade, à financer le déficit d'exploitation qui s'élève à 9 millions d'euros cette saison, pour amener le club à un niveau de rentabilité qui lui permettrait de faire une plus-value à la revente, l'investissement se comptait en dizaines de millions d'euros.

Je me demande donc si SCM (Sparta Capital Management) à la surface financière nécessaire pour investir une bonne partie de ses fonds propres dans les Girondins de Bordeaux."

Gérard Lopez toujours présent avec 40% des parts et la minorité de blocage

"Il est question d'un investisseur qui investirait des sommes importantes, qui comblerait le déficit d'exploitation, mais qui ne détiendrait que 60% du capital. C’est-à-dire que Gérard Lopez disposerait toujours d'une minorité de blocage. Dans un pacte d'associé, les grosses décisions sont prises soit à l'unanimité, soit à la majorité des deux tiers. En gardant ces 40%, Lopez aurait toujours le moyen de bloquer toutes les grosses décisions engageantes, comme une vente, des dépenses au-dessus d'un certain seuil, l'entrée ou le départ d'un nouvel actionnaire.

Est-ce qu'un investisseur aurait intérêt à mettre de l'argent dans un projet ou, finalement, Gérard Lopez aurait encore une minorité de blocage ? Cela me surprend encore une fois".

Des zones de flou qui persistent chez les Girondins de Bordeaux

"Le litige FIFA, l'absence de visibilité sur les droits TV, le montant important de la dette distendue dans le cas du plan de continuation (26M€), les litiges prudhommaux (20M€ de risque environ), la section exploitation du stade (1M€ par saison), est-ce qu'un investisseur est prêt à acheter le stade, la mairie est-elle vendeuse ?

La véritable question est, quelle est la porte de sortie pour un investisseur comme lui qui promet de la rentabilité à d'autres investisseurs dans un club comme les Girondins de Bordeaux qui est en énorme déficit et qui perd énormément d'argent ?

Je ne suis pas en train de nier la véracité de l'information de Sud Oues. Je suis très surpris du profil de l'investisseur et du timing de la vente. Pour avoir mené quelques recherches sur la stratégie et les prises de participation de SCM je suis sceptique. Pas sur ses compétences, mais sur l'opportunité qu'il aurait d'investir dans les Girondins de Bordeaux actuellement".

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