Interview - Cédric Anselin : "J’ai vécu dans une caravane, sans boulot"

Interview - Cédric Anselin : "J’ai vécu dans une caravane, sans boulot"
14/11 - 19:01 | Il y a 1 semaine

Cédric Anselin, ancien joueur des Girondins de Bordeaux de 1995 à 1999, et Champion de France 99, nous a accordé une entrevue. Il revient sur sa carrière de joueur, son parcours chaotique, et nous parle de sa maladie, la dépression. Elle touche dans le silence de nombreux joueurs. Cédric est en pleine reconstruction outre-manche. Entretien.

Merci Cédric de nous donner de vos nouvelles, comment ça va ? 

Ca va tout doucement, j’ai des bons jours, j’ai des mauvais jours. C’est comme le temps. Je n’ai pas encore traversé le pont, mais j’ai les outils à utiliser quand ça ne va pas. C’est une maladie de tous les jours. J’ai les outils pour avancer, avec mes amis quand ça ne va pas. Je peux les appeler quand j’ai un moment difficile. J’ai reconstruit mes amis et laissé de coté ceux qui m’ont écarté lorsque je n’étais pas bien. Vous savez, le monde du foot c’est un petit monde, tout le monde se connaît.

Il est rare de lire des témoignanges sur les difficultés des footballeurs professionnels pendant et après leur carrière. Un autre ancien joueur des Girondins, Joachim Fernandez a récemment perdu la vie dans l'anonymat

Quand j’ai appris le décès de Joachim Fernandez ça m’a bouleversé, car c’était un ami. Je ne croyais pas à son décès, ça m’a retourné. C’est difficile à digérer. De mon coté j’ai tout perdu, ma femme , mes enfants que je ne voyais pas tous les jours, de l’argent. J’ai vécu dans une caravane, sans boulot. Tu as la honte d’en parler car aux yeux du public tu es un ancien professionnel du foot. C’est là où le problème se pose. Car les gens ne parlent pas assez, ils ont honte. C’est pour ça que j’ai fait cet article (ndlr : dans 20Minutes), pour aider les gens, et m’aider moi-même. Je suis prêt à aider beaucoup de personnes. C’est pour cette raison que je l’ai fait. J’ai pris conscience que j’avais un petit nom, même si je n’ai pas joué 400 matchs en L1 et en Premier League. J’ai joué avec des joueurs comme Zidane, Dugarry, Lizarazu, Henry, Trezeguet, Anelka, Wiltord.. C’est une chance pour moi. J’utilise mon petit nom pour aider les autres. Je me suis détaché du monde football parce que j’avais honte.

 

"Je n’avais pas conscience que ma vie allait changer"

 

Votre histoire nous fait penser à celle de Vincent Péricard qui est dans le sud de l’Angleterre .

Il a commencé comme moi, il est parti dans des grands clubs assez jeune. Il a commencé assez haut et il est allé très bas. Un peu comme moi. J’avais 18 ans, j’ai joué la finale de la Coupe d’Europe. Je ne savais pas l’importance du match. Lors du match aller à Munich, en finale, je me souviens, j’étais au milieu du terrain lors de l’échauffement et j’absorbais tout ça. R.Witschge, Dugarry et Liza sont venus me voir et ils m’ont dit : "Et petit, tu penses à quoi ? " J’ai répondu : "Demain je dois aller au collège." Ils m’ont regardé et ils ont rigolé. Alors que moi, je pensais à prendre mon bus le lendemain matin pour aller à l’école (Rire). Je n’avais pas conscience que ma vie allait changer. Quand j’ai gagné avec les Girondins, j’ai pris un autre statut, avec de la pression, et je n'étais pas prêt. Ca a été un tourbillon, et je n’ai pas eu l’entourage pour m’aider dans ma carrière. C’est un milieu brutal, il ne faut pas le cacher. Si tu n’es pas bien entouré, tu dégringoles doucement, c’est ce qu’il s’est passé.

Pourquoi as-tu quitté les Girondins ?

Slavo Muslin, ancien coach de Bordeaux, était à Lens, la ville où je suis né. Il me voulait, mais ça ne s’est pas fait. Je suis parti en Lille en prêt. Après un bon début, ça ne s’est pas bien terminé, et Lille est resté en Division 2. Je suis resté à Bordeaux lors de l’arrivée d’Elie Baup. Johan Micoud jouait à mon poste et Ali Benarbia a signé à Bordeaux. C’était difficile pour moi de jouer. L’’équipe tournait super bien, j’étais déjà content d’être sur le banc. J’ai été Champion de France grâce à eux. Il me restait deux années de contrat, je voulais évoluer. Je suis parti en Angleterre.

Comment se passe ton arrivée à Norwich ?

Jean-Yves de Blasiis est arrivé l’année suivante. J’étais la star du club, techniquement au dessus du lot, en provenance de Bordeaux le 3e club de L1, international français. Je suis arrivé avec une grosse étiquette. J’ai bien joué dès le départ, je flambais, et je suis devenu le chouchou des supporters. J’étais le joueur préféré de la directrice du club qui m’avait acheté avec son propre argent. La saison suivante, je me blesse, je ne joue pas pendant un mois. A la suite des mauvais résultats l’entraîneur se fait virer. Le nouveau coach a tout changé, le schéma de jeu, et a fait venir beaucoup de joueurs. Je ne jouais plus. Le coach ne me parlait pas, je m’entraînais avec les jeunes, et j’étais de temps en temps dans le groupe.

Est-ce que tu as essayé de rentrer en France ?

Norwich voulait me prêter, mais moi je voulais rester et me battre pour gagner ma place. Un nouvel entraîneur est arrivé la saison suivante, avec un discours qui ne passait pas du tout. Il ne me faisait pas confiance et je m’entraînais rarement avec l’équipe première. J’avais refusé de partir en prêt. En fin de saison, le coach m’a dit qu’il ne me voulait plus. J’en prenais plein la gueule car j’étais l’étranger et je gagnais beaucoup d’argent. En accord avec le club, j’ai pris l'argent de ma dernière année de contrat et je suis parti. Mon agent de l’époque m’a incité à quitter le club, alors que je n’avais rien derrière. Je me suis retrouvé sans club. Je me suis ensuite retrouvé en Ecosse à Ross County. Je me suis entraîné avec eux et ils m’ont fait signer. Mais j’ai dû partir car ils n’avaient pas un gros budget et avaient une politique de jeune. De fil en aiguille, je me retrouve en Bolivie à l’Oriente Petroleo. Un agent me convainc d’aller jouer pour ce club qui faisait une compétition continentale. J’arrive, et je tombe malade. J'attrape la malaria, et je fais un mois d’hospitalisation. J’ai failli mourir … Dès que j’ai été soigné, j’ai demandé à retourner en France. 

 

"Ma fin de carrière a été difficile, j’ai du faire le deuil"

 

Comment se passe ton retour en France ?

J’arrive en France et je découvre que je suis à la rue, celle qui m’a mis au monde m’a ruiné, j’avais la police aux fesses, les huissiers… tout ce que j’avais construit été parti. Je suis allé en justice, mais j’ai arrêté les démarches judiciaires… Je suis ensuite retourné en Angleterre pour voir ma copine et là elle m'annonce qu’elle m’a trouvé un boulot, dans un camping à Norwich avec son père. Je rebondis dans le club de Cambridge après une année au camping. Hervé Renard venait d’arriver dans le club. J’étais tout content d’avoir quitté mon boulot. J’achète alors une voiture de casse pour faire Norwich - Cambridge (2h30) pour aller m'entraîner. Je n'avais pas d'argent. A un moment, Hervé me dit : « Ecoute le club est prêt à te payer pour jouer ». Ce n’était pas un contrat. J’étais payé tant que je jouais. J’avais noué un lien fort avec Hervé qui était comme un père. Il a un coeur énorme. Il est émotionnel et a une force de caractère que je n’ai jamais connu. 

Que fais-tu depuis la fin de ta carrière ? 

J’ai passé mes diplômes pour entraîner, ce qui m’a fait du bien. Mais mon rêve, c’était d’être joueur professionnel. Ce que j’ai fait. Ma fin de carrière a été difficile, j’ai dû faire le deuil. J’avais honte, c’est devenu de plus en plus noir. Je ne me trouvais pas heureux, et je n’arrivais pas à donner mon amour à ma femme et a mes enfants. Je me suis renfermé sur moi même. Je ne faisais plus rien avec mes enfants, je ne parlais plus à ma femme… Ma femme a repris ses études loin de la maison, elle ne rentrait que les week-ends… et après deux ans nous nous sommes séparés. Ca m’a détruit, un coup de téléphone d'un ami m’a sauvé du suicide. Aujourd’hui, je travaille dans une structure sport étude consacrée au football avec des jeunes. Je travaille avec eux pendant deux ans, et ensuite ils partent à l’université. Nous avons des liens avec des clubs amateurs et pros. Ils étudient le marketing sportif, les médias, ils travaillent sur Sky Sports à la télé. Il y a beaucoup de chemins qu’ils peuvent prendre. Ils ne vont pas tous être professionnels, et peuvent prendre ainsi plusieurs voies, et ne pas se trouver sans rien. Il peuvent ainsi rester dans le milieu du football et du sport.

Pour conclure, as-tu un petit mot pour les supporters des Girondins ?

Je leur fais des bisous, et je leur dis un grand merci pour leur soutien. Je serai avec vous bientôt.

Entretien réalisé par J-A Chazeau 

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