Carnet d’entraînement : Sortir du confort

Carnet d’entraînement : Sortir du confort
22/03 - 17:40 | Il y a 10 mois

Jeudi 22 mars 2018 - Le Haillan : Pour le dernier entraînement de la semaine sans leurs quelques internationaux, les Girondins ont travaillé des phases d’attaques avec infériorité numérique des défenseurs. Avec un Gustavo Poyet omniprésent dans les commandements. 

« Va, va, ça joue, allez, allez. » La voix de Gustavo Poyet avec son accent typique domine l’ambiance sonore du centre d’entraînement du Haillan. Habitué à s’exiler sur un terrain annexe au plus près du public lors des séances de fin de semaine, le groupe girondin est resté sur son terrain principal en ce jeudi 22 mars. Sous un soleil dominant et une température fraîche mais agréable, les joueurs bordelais font tourner les ballons au sein de deux toros, près de l’entrée de leurs vestiaires. Sous les yeux de six ou sept spectateurs à peine, les joueurs du centre du toro, chasubles oranges fluos en mains, tentent de récupérer le ballon. « Joue-la Paulo, joue-la » encourage un joueur alors qu’un ballon mal dosé passe au dessus de la tête de Paul Baysse. Malgré une tentative, le crâne de l’ancien niçois frôle le ballon qui termine sa course plus loin. « Bien, bien joué » encourage un Gustavo Poyet déjà très actif et attentif au déroulement de l’exercice. L’un des groupes accueille notamment les Sud-Américains Vada, Malcom, Otavio, Cafu et Pablo. L’autre est plus hétéroclite avec des autres joueurs comme Plasil, Lewczuk, Baysse. Les phases de jeu s’enchaînent dans un ronron habituel : des cris de joie, de déception, puis des joueurs qui passent au centre du jeu et reviennent autour. Depuis les abords du terrain, la vue est attirée par les structures en béton nées du chantier du côté des vestiaires des équipes réserves. L’extension du complexe sportif des jeunes harcèle le terrain des professionnels à l’opposé, ne laissant presque plus d’espace entre les abords du terrain des pros et les vestiaires des jeunes. Le temps où les spectateurs pouvaient choisir un côté pour observer l’entraînement, et où l’ensemble des abords du terrain étaient bondés lors des grandes époques bordelaises semble définitivement révolu. Pendant que les professionnels étirent leurs temps de toros, l’oreille, elle, est attirée par une voix familière. Pierre Espanol motive les jeunes joueurs sur le terrain parallèle où l’équipe réserve s’entraîne. L’ancien assistant de Jocelyn Gourvennec et Eric Blahic  distille ses conseils, se déplace partout sur le terrain, observe, en compagnie de Mathieu Chalmé. Fidèle à lui-même.

Après dix bonnes minutes à faire courir les ballons et les joueurs centraux, les toros cessent et les joueurs, sous l’impulsion de Mauricio Taricco entament un tour de terrain qui se transforme rapidement en une séance très courte de fractionné, entre course à allure modérée puis soutenue. Revenus au point de départ, les joueurs rejoignent le centre du terrain où Fernando leur demande de se doter d’un ballon pour deux. Des binômes se forment à divers endroits du terrain. Plasil et Pellenard sont ensemble au même titre que Cafu et Otavio, Vada et Malcom ou Baysse et Meïté. Les jeunes Nilor et Benrahou sont aussi présents avec les professionnels. « Actifs, actifs » demande Mauricio Taricco rapidement appuyé par Fernando : « Bougez, ne restez pas statiques. » Les ballons transitent, se croisent. Les passes sont libres mais plutôt à longue distance. L’exercice est bref, et Gustavo Poyet vient y mettre un terme en sifflant. Tout le monde rejoint l’entraîneur au centre du terrain et écoute. La séquence dure, et dans le même temps Over Mandanda et Gaëtan Poussin, derrière les buts en place, écoutent eux aussi et observent Paulo Fernandes Grilo leur donner des explications à l’aide d’une certaine gestuelle. Sur le terrain, deux cages se font face, distante d’une bonne cinquantaine de mètres. Et les joueurs s’apprêtent à travailler répartis en trois équipes. La première, sans chasuble, est composée de Plasil, Meïté, De Préville, Benrahou, Malcom, et Laborde. La deuxième, en chasubles rouges, est constituée de Baysse, Lewczuk, Poundjé, Otavio, Sankharé et Nilor. Enfin, Pablo, Verdon, Contento, Pellenard, Cafu et Vada évoluent avec des chasubles jaunes. Over Mandanda et Gaëtan Poussin ont chacun pris possession d’une cage en l’absence de Jérôme Prior et de Benoît Costil.

Le jeu débute, et se fait à base d’attaques face à une défense en place censée aller presser les attaquants, le tout sur un demi-terrain. Pour chaque équipe en phase défensive, le joueur évoluant en pointe est éliminé du jeu et doit simplement réceptionner le ballon au niveau de la ligne médiane lorsque son équipe a réussi à ressortir et à contrer l’équipe qui attaque. Le jeu reprend ensuite sur l’autre moitié de terrain avec l’équipe défensive qui devient une équipe d’attaque. « Va, va, tous ensemble » encourage Gustavo Poyet sur l’une des premières phases, souhaitant que son équipe défende en bloc. Otavio effectue une percée et délivre un ballon au niveau du point de pénalty pour Nilor qui frappe sur Mandanda. « Bien joué Otavio » félicite Jaroslav Plasil en augmentant le son de sa voix pour se faire entendre depuis l’autre moitié du terrain où le joueur tchèque observe le jeu avec son équipe. Les joueurs jaunes qui ont finalement réussi à sortir le ballon de leur camp après l’intervention de Mandanda sont arrêtés par Gustavo Poyet au moment de rejoindre la moitié de terrain adverse pour attaquer face aux joueurs sans chasuble. L’entraîneur bordelais, mâchoires serrées corrige : « Ota, il a un seul joueur sur lui. Marquage ! » Deux temps de jeu plus tard, les sans chasuble parviennent à marquer grâce à une passe de Malcom au point de pénalty et une frappe forte de Laborde plein axe. Les oppositions ne cessent de changer et tout le monde est voué à attaquer ou défendre à un moment ou un autre. « Ouais excellent Pablo. Diego muy bien* » s’enthousiasme Gustavo Poyet devant le bon travail défensif de Pablo et Contento qui permet à l’équipe jaune de sortir le ballon. Diego Contento est de nouveau performant lors de la phase défensive suivante de son équipe en débordant dans son couloir balle au pied pour permettre aux jaunes de gagner leur opposition face à l’équipe rouge qui était en phase d’attaque. « Super, bien joué Diego » félicite Gaëtan Poussin, gardien temporaire des jaunes. 

Quelques supporters sont arrivés au fil du temps et ont très légèrement garni le bord du terrain et entendent Baysse rameuter Lewczuk : « Igor, dos, marquage. » Over Mandanda, posté dans les cages les plus proches des vestiaires, est interpelé par Paulo Grilo pendant que le jeu se déroule à l’opposé. Le nouvel entraîneur des gardiens depuis la rétrogradation de Franck Chaumin avec l’équipe réserve, parle à son gardien avec de grands gestes, lui demande de se placer à un endroit précis, lui donne le ballon au pied et se tape sur les cuisses avant de s’éloigner en pointant son indexe contre son crâne à plusieurs reprises. L’adjoint de Gustavo Poyet en charge des gardiens demande à Mandanda d’analyser les situations de jeu en fonction de situations de matchs. Sur la phase suivante, les jaunes encaissent un but. Pablo, Vada et Verdon s’invectivent mais font retomber rapidement la tension qui laisse place au dépit en observant le jeu adverse, mains sur les hanches. « Va, va Yassine » crie Gustavo Poyet pour encourager Benrahou à presser son adversaire, ce qui est chose faite sans empêcher Contento de centrer. Mais Meïté, en position de défenseur central, tacle et met un terme à une situation dangereuse. Cette attaque clôt la phase principale d’entraînement. Les cages d’Over Mandanda ont été reculées, et le groupe se dirige vers les vestiaires dans un silence de cathédrale. À peine le temps pour les joueurs de récupérer des bouteilles d’eau et de se s’hydrater que Gustavo Poyet demande à son groupe de le rejoindre au milieu du terrain. « Paul, Pablo, Igor, rouge » informe l’entraîneur girondin.

Tous les défenseurs présents ont vêtu une chasuble rouge à l’exception de Verdon. Les défenseurs centraux Baysse, Pablo et Lewcuk se situent à côté des cages et les latéraux Poundjé, Contento et Pellenard patientent sur l’aile droite au niveau de deux piquets. Les autres joueurs forment un attroupement au centre du terrain. À chaque action, un défenseur central allonge un ballon pour le groupe du milieu et vient se positionner en position de défense, rejoint à la course par un latéral. Dans le même temps, un des joueurs du milieu contrôle le ballon, vient fixer plein axe et décaler pour un des deux joueurs qui l’accompagnent. Les situations offrent à chaque tour un trois contre deux en faveur des attaquants. L’exercice est difficile pour les défenseurs et Cafu comme Benrahou marquent au deuxième poteau, côté gauche. Plasil trouve les filets d’un contre-pied côté droit à mi-hauteur. Vada touche l’arrête des buts et De Préville la base du poteau droit du gardien. Petit à petit, les défenseurs rentrent dans le rythme et s’accrochent tant bien que mal à l’image de Pablo qui tacle Otavio, lequel tentait un débordement comme lors de la première partie d’entraînement. « Vite, vite, faut jouer, on n’a pas le temps » insiste Gustavo Poyet pour garder ses joueurs offensifs sous pression. Malcom amortit de la poitrine un long ballon de Pablo et fonce dans l’axe, touchant beaucoup le ballon avant de décaler De Préville sur sa droite. L’ancien lillois remet le ballon à Malcom qui est taclé par Contento et Pablo qui glissent plus dans le vent qu’ils ne semblent commettre un tacle brutal sur le milieu offensif brésilien. Ce dernier reste au sol, mais l’action se poursuit et De Préville marque d’une frappe du pied gauche qui rentre petit filet opposé. Malcom finit par se relever tout seul, et regagne le centre du terrain, visage fermé mais sans boiter outre mesure. 

Gustavo Poyet prend un moment pour discuter avec le groupe qui attaque. Un « mais il faut attaquer » surgit du magma de mots prononcés par l’entraîneur. Les défenseurs commencent par rester davantage soudés les uns aux autres sur les phases défensives et les espaces entre eux diminuent. « Bien Max, bien. » Gustavo Poyet félicite Maxime Poundjé qui avait trouvé la bonne distance pour défendre en restant proche de Paul Baysse tout en se donnant la possibilité de ne pas laisser trop d’espace avec l’attaquant dans son dos. Gustavo Poyet, se saisit de son sifflet et met un terme à la séance. Toujours aussi rapide, l’ancien joueur de Chelsea prend la parole brièvement : « On y va, baskets. » Très rapidement, les joueurs s’engouffrent dans les vestiaires, non sans avoir claqués au préalable leurs crampons contre un muret, les avoir frottés contre des brosses ou passés sous des jets d’eau. Gustavo Poyet lance un regard vers le peu de journalistes présents dans la zone de presse et, mimant avec ses bras quelqu’un qui court, informe les professionnels des médias : « On va au physique. » Seuls les gardiens sont encore sur le terrain, et, bras le long du corps, écoutent Paulo Grilo leur faire un long discours qui semble être basé sur la théorie. Pendant que Michaël Nilor et Yassine Benrahou quittent le centre professionnel et s’acheminent vers les vestiaires de l’équipe réserve, les professionnels, au compte-gouttes, traversent l’espace dédié aux signatures pour les supporters et suivent un Gustavo Poyet déjà parti à petites foulées. Équipés de baskets, marchant à allure normale, les joueurs s’acheminent vers les derrières du château, longeant le centre administratif pour une fin de travail sans ballon en extérieur, loin de leurs habitudes. Sur le terrain, le cours pratique de Paulo Grilo s’allonge. Peut-être les débuts d’un changement que Gustavo Poyet avait annoncé important après la désillusion face à Rennes samedi dernier…

*très bien (en Espagnol)

Par Florian RODRIGUEZ au Haillan

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